Découverte une première fois début janvier 2025 au sein des dunes de Saint-Pabu dans le Finistère par Thomas Begoc, Trichostomopsis australasiae (Hook. & Grev.) H.Rob., 1970 (anciennement du genre Didymodon) est une nouvelle espèce pour le Massif armoricain, dont la détermination a été validée à la fois par Juan A. Jiménez (bryologue espagnol expert des Pottiaceae) et Vincent Hugonnot.

Colonie de Trichostomopsis australasiae ©Thomas Bégoc
Cette petite mousse acrocarpe discrète, appartenant à la famille des Pottiaceae, se démarque par sa couleur vert foncé sur le terrain, ainsi que par la blancheur de la base de ses feuilles en regardant à la loupe. Ce critère apparaît rapidement au microscope puisque ses cellules basales sont hyalines et élargies, ce qui permet de le distinguer des autres Didymodon sensu lato. Si le doute subsiste, une coupe de la feuille permet de voir que ses marges sont normalement planes et bistratifiées (voire tristratifiées) dans la moitié supérieure de la feuille et ne possèdent qu’une seule bande ventrale de stéréides au sein de la nervure. Elle peut également développer des propagules rhizoïdales brun clair multicellulaires et allongées un peu comme des saucisses.

Feuille de Trichostomopsis australasiae au microscope optique © Paol Kerinec (CBN Brest)

Coupe transversale d’une feuille de Trichostomopsis australasiae au microscope optique
© Paol Kerinec (CBN Brest)
L’espèce proche Trichostomopsis umbrosa partage l’ensemble de ces caractères, mais possède des cellules basales marginales hyalines allongées minces très nettement différenciées du reste des cellules basales et la tige est entourée par un hyaloderme (couche de cellules à paroi fine) marqué. Chez T. australasiae, les cellules basales marginales sont carrées ou rectangulaires, non nettement différenciées et la tige ne possède pas de hyaloderme (ou partiellement).

Trichostomopsis australasiae peut être rencontrée sur du sable compacté, notamment en contexte dunaire sur les bords de chemins piétinés et routes bitumées ou les parkings, où elle peut être en association avec Riccia crystallina.
En Bretagne, elle a déjà été rencontrée dans sept autres communes littorales dans le Finistère (Landéda, Porspoder, Ouessant, Tréguennec, Île-de-Sein) et dans le Morbihan (Plouhinec, Plouharnel). Étonnamment, elle a également été repérée en contexte urbain en arrière du littoral dans le Finistère (sur du sable entre des pavés à Guilers et sur un mur à Milizac-Guipronvel). En France, elle n’était connue que dans le Queyras dans les Hautes-Alpes (première observation en France par Pierre Boudier) et en Méditerranée. En Europe, elle a été observée plusieurs fois au niveau des côtes de la Manche et de la mer du Nord (Grande-Bretagne, Pays-Bas), ainsi que dans le domaine méditerranéen (Espagne, Grèce) et sur les côtes atlantiques (Portugal).
Cette découverte confirme cette tendance littorale en élargissant son aire de distribution aux côtes atlantiques et de la Manche française. Elle reste encore à être recherchée ailleurs sur le littoral, afin de préciser la distribution de cette espèce méconnue.
Article rédigé par Thomas Bégoc
La lindernie couchée est une plante protégée au niveau national et considérée comme en danger de disparition en France. Elle vit sur les vases et sables vaseux humides (mis à nu par exondation estivale) des rivières, cours d’eau, étangs... et c’est à partir du début du mois de septembre que l’on peut la voir.

© Julien Geslin (CBN de Brest)
Dans le nord-ouest de la France, cette espèce annuelle n’est connue que dans une seule commune (Montreuil-Juigné) située dans le Maine-et-Loire (cf. eCalluna). Le Conservatoire botanique assure le suivi de la population, estimée les meilleures années à plusieurs milliers de pieds. L’objectif de ce suivi est d’étudier l’évolution de la population dans le temps et de préserver l’unique station de cette plante à très fort enjeu de conservation. En effet, des menaces ont été mises en évidence, et en particulier le fort impact de la Jussie (plante exotique envahissante d’origine américaine), qui ferme le milieu et ne permet plus à la Lindernie couchée de se développer. Mobilisant tous les acteurs concernés, le site fait dorénavant l’objet d’un plan de gestion prenant en compte cette plante phare.
Le Conservatoire botanique a fait des recherches ciblées dans les localités où la Lindernie couchée était citée historiquement, sans succès malheureusement. Nous invitons les botanistes à la rechercher !

© Julien Geslin (CBN de Brest)
Une vigilance à avoir toutefois ! Elle est proche morphologiquement d’une espèce américaine à tendance envahissante : la Lindernie fausse gratiole (Lindernia dubia) avec laquelle elle peut être confondue. La Lindernie couchée pourrait se maintenir ponctuellement et passer inaperçue à travers les tapis de l’espèce voisine non indigène...

© Julien Geslin (CBN de Brest)
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Endémique de l’île de Raiatea, Sclerotheca raiateensis – le Tiare ‘apetahi – est un arbuste emblématique de la flore menacée de Polynésie française. Classée « En danger critique » sur la Liste rouge nationale (UICN France et al., 2015), l’espèce subit de fortes pressions : prédation par les rats, dégâts causés par les cochons sauvages, plantes invasives et champignons pathogènes.
Dans le cadre d’une convention avec la Direction de l’Environnement de Polynésie française, le Conservatoire botanique national de Brest apporte un appui scientifique à la connaissance de cette espèce et à sa conservation. Ce travail s’appuie sur les recherches menées depuis plusieurs années par les botanistes de la Direction de l’Environnement, qui ont permis de poser les bases des premiers protocoles de germination. À partir de ces travaux, plusieurs tests ont été réalisés à Brest, en boîtes de Petri et terrines de terre, dans des conditions expérimentales contrôlées.
Ces essais, menés sur 43 lots de graines fraîches collectées en novembre 2024, ont permis de tester 32 protocoles différents, avec des taux de germination atteignant jusqu’à 83 % dans les meilleures conditions. Ces résultats ont permis de définir un protocole optimum, aujourd’hui utilisé pour engager des essais de culture en conditions contrôlées à Brest. En complément, de nouveaux tests sont en cours sur 46 lots de graines anciennes, issues de 20 individus, afin d’évaluer leur capacité de germination et mieux connaître la durée de vie des graines.
En parallèle, des travaux sont également conduits en Polynésie : culture in vitro par l’Épic Vanille et suivi in situ par la Direction de l’Environnement. Ces efforts conjoints visent à assurer la conservation et la pérennité de cette espèce végétale patrimoniale.

Apetahia raiateensis © Fred JACQ
« Tau, tu m'as trahie. Je te laisse un signe de notre amour, cette fleur à la forme de ma main droite. Lorsque tu cueilleras la Tiare 'apetahi, tu me cueilleras moi. »
Le Conservatoire botanique national de Brest dévoile une exposition consacrée aux mousses, ces plantes discrètes mais fascinantes, essentielles à la biodiversité de nos territoires. Intitulée « Sortons les mousses de l’ombre ! », cette exposition grand format prend place au coeur du Jardin botanique du Conservatoire botanique national de Brest, en plein air et dans le vallon du Stang Alar bien connu des Brestois. Elle est gratuitement accessible à tous, jusqu'au 15 mars 2026.

@ C. Le Guillou (CBN Brest)
Elles tapissent les sous-bois, s’installent sur les rochers, se nichent au bord des ruisseaux… Souvent réduites à une image de "tapis vert", les mousses représentent pour-tant un groupe végétal majeur. Ces petites plantes, appelées bryophytes, font partie des plus anciennes à avoir conquis la terre ferme il y a plus de 400 millions d’années. Et si, derrière leur discrétion, se cachait l’un des piliers de la vie sur Terre ? Les mousses, alliées invisibles de la biodiversité Cette exposition s’inscrit dans la continuité de l’Atlas des bryophytes de France métro-politaine, publié en 2025 par la Fédération des Conservatoires botaniques nationaux. Cet ouvrage de référence est accessible en ligne (Atlas des bryophytes). Avec plus de 740 espèces recensées en Bretagne et Pays de la Loire, elles témoignent d’une richesse exceptionnelle liée à la diversité des habitats et au climat humide de la région. Les bryophytes n’ont ni fleurs, ni racines, ni vaisseaux comme les plantes que nous connaissons. Leur mode de vie atypique leur confère des super-pouvoirs écologiques :
• pionnières : elles colonisent les milieux les plus pauvres et préparent le terrain pour d’autres espèces végétales.
• bâtisseuses : en se décomposant, elles contribuent à la formation des sols.
• gardiennes du climat : certaines, comme les sphaignes des tourbières, retiennent l’eau et piègent le carbone en quantité considérable.
Autrement dit, sans elles, les paysages et les écosystèmes que nous connaissons seraient bien différents.

@ C. Le Guillou (CBN Brest)
Une exposition pour éveiller curiosité et émerveillement
15 panneaux grand format, invitent petits et grands à redécouvrir ces végétaux étonnants, à travers des textes accessibles et des images montrant en gros plan la diversité et la beauté de ces végétaux, le long des allées du jardin botanique.
Une occasion unique de relier science et nature
Résultat des travaux de l’équipe du Conservatoire botanique national de Brest qui se penche sur ces espèces dans le cadre de ses missions de connaissance et d’expertise du végétal sur son territoire d’agrément, sa mise en place a été rendue possible par un mécénat de la Fondation de la Poule Rousse. Celle-ci a accordé son aide pour déployer l’expertise du CBN de Brest, en contribuant aussi à la sensibilisation sur ces végétaux si petits mais importants.

@ C. Le Guillou (CBN Brest)
Les 22 et 23 mai 2025, le CBN de Brest est intervenu pour la 2e année consécutive, dans le cadre d’une formation organisée au titre de la démarche « Végétal local » au lycée agricole Le Fresne d’Angers-Ségré. Cette formation était co-organisée par le lycée, la Fédération Régionale des Chasseurs des Pays de la Loire, par Végépolys Valley, au travers des projets GRAINAGRI et FLOR’AGRI et râce au soutien financier de la Région Pays de la Loire.
Elle a réuni une dizaine de participants qui souhaitaient s’informer en vue de développer une activité de récolte de graine ou de pépinière de végétaux locaux. Le programme portait sur la recherche de sites de collecte, la reconnaissance et la mise en production de végétaux herbacés sauvages d’origine locale. Cécile Mesnage, CBN de Brest, antenne Pays de la Loire, est intervenue en particulier afin de sensibiliser les participants aux statuts de la flore protégée et menacée, aux conditions de reprise et de durabilité des implantations de ces végétaux en fonction des conditions de sol (ph, humidité…) et à diagnostiquer un site de collecte potentiel.
168 professionnels collecteurs de graines, de boutures ou producteurs de végétaux sont aujourd’hui bénéficiaires de la marque. La marque est aujourd’hui propriété de l’Office français de la biodiversité (OFB). Le CBNB contribue notamment à valider des nouveaux végétaux à intégrer dans la filière de production pour la région d'origine Massif armoricain


