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Au Conservatoire botanique national (CBN) de Brest, la connaissance et la préservation de la flore ne reposent pas seulement sur le travail des équipes scientifiques. Depuis de nombreuses années, un vaste réseau de plus de 600 bénévoles passionnés sillonne la Bretagne et les Pays de la Loire. Ces naturalistes amateurs ou confirmés participent activement aux inventaires de terrain, enrichissent la base de données floristiques et contribuent à une meilleure compréhension de la biodiversité végétale. Leur regard attentif et leur engagement permettent de collecter des informations précieuses, et un déploiement sur le territoire impossible à obtenir par les seuls salariés du Conservatoire. C’est donc grâce à cette mobilisation collective que le Conservatoire peut affiner ses actions de conservation et accompagner les territoires dans la protection de leur patrimoine naturel. Dominique Chagneau est botaniste bénévole confirmée. Depuis plus de 20 ans, elle assure bénévolement la validations des données de la flore saisies en Loire-Atlantique dans la base de données du CBN de Brest depuis plus de 20 ans.

 


CBN de Brest (CBNB) : Peux-tu nous dire ce qui t’a amenée à t’intéresser et à pratiquer la botanique ? Quel est ton parcours professionnel ?

Dominique Chagneau (DC) : Depuis mon enfance, je regarde les plantes. Jeune collégienne, je me vois encore traverser le jardin des plantes à Nantes et lire sur les panonceaux le nom des plantes.J’ai ensuite fait des études de biologie, puis je suis devenue professeure de Sciences de la Vie et de la Terre.


CBNB : As-tu un taxon rare ou commun que tu affectionnes particulièrement ? et un espace naturel que tu souhaites faire partager/découvrir ?

DC : L’Isopyre faux-pigamon représente pour moi le renouveau printanier de la végétation. J’apprécie d’une manière générale beaucoup la flore vernale et les prairies à orchidées. Je sors beaucoup dans la nature et je vais souvent voir les plantes près de chez moi. Ce que j’aime dans la botanique, c’est découvrir des petits coins où personne n’a encore prospecté. À Saint-Brévin-les-Pins, on a la chance d’observer des secteurs d’accrétion sableuse et de belles successions, du schorre à la dune et aux dépressions arrière-dunaires. J’ai pu y découvrir de nouvelles espèces, comme Serapias lingua.


CBNB : C’est une activité que tu pratiques seule ou plutôt en groupe ? Es-tu impliquée dans d’autres structures agissant en faveur de la connaissance ou de la protection de l’environnement ?
DC : Quand je pratique la botanique j’aime plutôt être seule, même si je participe bien sûr à des sorties avec des amis et en groupe. Être seule permet de rester discrète et d’aller où bon me semble au gré de mes observations. Outre mon implication au CBN de Brest, je suis bénévole engagée, depuis de nombreuses années, à Bretagne Vivante.
 

 

CBNB : Ton expérience en tant que bénévole du réseau ? Quand as-tu communiqué tes 1res données ? Sais-tu combien de données tu as partagé à ce jour et depuis quand assusres-tu la validation des données de flore vasculaire pour le territoire de la Loire-Atlantique ?

DC : J’ai commencé à communiquer mes données en 1997 d’abord à Pierre Dupont, qui était à l'époque référent bénévole du CBN de Brest pour la région Pays de la Loire. J’adorais prospecter et j’emmenais, alors souvent dans mes sorties, ma dernière fille qui n’avait que 7 ou 8 ans. C’est le professeur Dupont, qui, voyant ma motivation, m’a sollicitée en 2002 pour devenir validatrice départementale. Je n’étais pas au top, j’ai fait beaucoup de progrès depuis !

 

 

 

 

CBNB : Peux-tu m’expliquer ce que cela implique ? Quels outils utilises-tu (connaissances personnelles, aide à la détermination, flores, etc.) ? As-tu un retour à faire concernant les apports du nouveau carnet de terrain en ligne ? Combien de temps consacres-tu à la validation (par jour /mois ?)

DC : La validation départementale des données implique d’avoir une bonne connaissance du territoire, de l’écologie des espèces et de leur répartition. J’ai donc régulièrement des échanges avec les observateurs pour leur demander de vérifier la cohérence de leurs observations (par exemple une donnée de Phleum nodosum notée en zone humide alors qu’il s’agit d’un taxon plutôt de milieu xérophile, voire de retourner sur le terrain pour prendre des photos ou effectuer des prélèvements complémentaires. 
Avec la communication des photos, le Carnet de terrain en ligne est une avancée, mais il faut être vigilant à la qualité des photos afin d’identifier un certain nombre de détails sur papier millimétré. Pour l’aide à la détermination, j’envoie régulièrement aux observateurs des fiches ou scans de mes propres échantillons, je m’appuie également sur un herbier que j’ai constitué, même s’il est encore incomplet.
Je réalise la validation au fur et à mesure de la saisie des données, le gros de l’activité étant de juin à octobre. Cela représente plusieurs heures par mois. Il s’agit de données saisies par les botanistes bénévoles du réseau mais aussi les botanistes salariés du CBN de Brest et de structures partenaires comme Bretagne Vivante qui saisissent des données dans le cadre d’études commanditées par des collectivités, par exemple dans le cadre d’Atlas de la biodiversité communale (ABC).

 


CBNB : Quels conseils donnerais-tu à une personne qui débute en botanique ?

DC : Pour débuter en botanique, je conseille de s’attacher d’abord à la flore locale autour de chez soi, de se constituer un herbier de référence, par exemple pour des groupes difficiles (Poaceae, Cyperaceae, Joncaceae , genre Myosotis, etc.). Il ne faut pas hésiter à prélever des échantillons pour aider à la détermination. Il faut souvent consulter plusieurs ouvrages, Flora Gallica est une base mais tous les critères d’identification sont loin d’y être présents. Puis la participation à des sorties botaniques permet de progresser, même si au début on peut être perdu avec le nombre d’espèces identifiées en une seule journée !


Merci à Dominique d’avoir partagé avec nous son expérience !