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Conserver la flore et les habitats



Stratégie et plans de conservation

Pour les populations des espèces les plus vulnérables, le Conservatoire réalise sur la base d’un travail d’analyse, de partenariat et d’action, des plans de conservation dont l’objectif est d’assurer la préservation des populations de ces espèces dans leur milieu naturel.

Ces plans de conservation consistent dans un premier temps à dresser un état initial des connaissances sur l’espèce concernée. La biologie, l’écologie, la répartition des stations et les menaces qui pèsent sur l’espèce sont ainsi présentées.



Dans un second temps, des mesures de conservation des populations de l’espèce sont proposées. Ces propositions visent autant à assurer la préservation des stations actuellement connues qu’à trouver les conditions de renforcement à long terme, voire de restauration de ces populations.

Elles tiennent compte, quand cela est utile, de la nécessité de :

Renforcer les connaissances sur la biologie de la reproduction, sur la répartition, sur les facteurs de régression ou sur l’écologie des espèces concernées.
Expérimenter les modes de gestion des espaces naturels permettant de retrouver les conditions de maintien et de croissance à long terme des populations.

 

Plan de conservation du
Panicaut vivipare
(Eryngium Viviparum)

La mise en œuvre de ces stratégies et actions de conservation repose sur des partenariats pérennes, dans le cadre de programmes de gestion durable et globale du territoire.
Deux modes de conservation des espèces végétales sont employées au Conservatoire botanique national de Brest : la conservation in-situ et la conservation ex-situ.

Quelques exemples de plans de conservation
menés sur le territoire d’agrément du CBN de Brest sont donnés ci-après.




La conservation in-situ

La conservation in-situ vise à sauvegarder les populations naturelles des espèces et à maintenir leurs biotopes sur les sites mêmes où elles se trouvent. C’est l'objectif final poursuivi par tous les Conservatoires agréés.
Pour cela, différents moyens sont utilisés, comme l'information des propriétaires et des gestionnaires de terrain abritant des espèces rares, ou la proposition de mesures réglementaires de protection des espèces.
Une manière très efficace de conserver les populations d’espèces menacées in-situ consiste à prévenir, le plus en amont possible, les communes et autres collectivités territoriales de la présence de ces espèces sur leur territoire d’intervention. Ainsi, elles pourront inscrire durablement dans les documents d’urbanisme qu’elles élaborent (PLU notamment) le fait que les plantes rares ont été recensées dans certains secteurs et qu’elles doivent être préservées.

 
Quelques exemples de plantes faisant l’objet d’un plan d’action et de conservation

En Bretagne
  Le panicaut vivipare (Eryngium viviparum)  
 

Le panicaut vivipare est une plante pionnière inféodée à des prairies et des pelouses inondables. On la rencontrait autrefois dans une quarantaine de localités du Pays d’Auray (Morbihan). Les stations étaient situées dans des terrains mis en pâture desquels on extrayait des mottes d’argiles employées pour le bâti et l’agriculture.

La réaffectation des terrains (mise en culture, urbanisation, creusement de plans d’eau, décharges sauvages), l’amélioration de leur potentiel agronomique (drainage, amendement) et l’enfrichement intervenant suite à l’abandon des pratiques agro-pastorales constituent les principales causes de sa disparition à partir des années 70. Aujourd’hui, seule une station française subsiste à Belz. L’espèce est également connue de quelques localités nord-ibériques.



Le panicaut vivipare
Eryngium viviparum
 
En Bretagne, grâce au soutien financier et technique de nombreux partenaires (Bretagne Vivante, Centre des Monuments nationaux, Opérateur du Site natura 2000 Gâvres-Quiberon, Conseil régional, Conseil général du Morbihan, le Syndicat mixte du pays d'Auray, DIREN, Communes de Carnac et de Ploëmel), un programme d'action de type « Contrat nature » a été mis en place pour assurer la pérennité de l'espèce.
 

     
 
Le petit statice (Limonium humile Miller )

Le petite statice (Limonium humile) est une plante endémique d'Europe qui pousse sur les vases salées du littoral Atlantique.
Insérer la photo existante.
En France cette espèce n'a jamais été très abondante, mais les dernières stations actuellement connues sont toutes limitées à la rade de Brest.

Le Limonium humile est une espèce protégée au niveau national.
Les petites populations de Limonium sont menacées par l'expansion d'une graminée nord-américaine (Spartina alterniflora) qui envahit les vases salées de la rade de Brest.


Le petit statice
(Limonium humile Miller)

 
Le Conservatoire Botanique expérimente diverses techniques pour limiter la progression de cette graminée et assurer ainsi le maintien du Limonium en nature. Des plants et des graines du Limonium humile sont également maintenus en culture au Conservatoire botanique national de Brest.
     
 

Le trichomanès remarquable (Trichomanes speciosum)

Le trichomanès remarquable (Trichomanes speciosum) est une fougère vivace qui se présente sous la forme de feuilles persistantes triangulaires Insérer la photo existante.

En Bretagne, cette fougère a la particularité de n’exister sous forme de feuilles essentiellement dans les anciens puits, milieux artificiels se substituant à ses milieux naturels d’origine (zones sombres et constamment saturées en humidité).

Comme tous les ptéridophytes, elle accomplit son cycle de vie sous deux formes : le prothalle (ou gamétophyte) qui se présente sous forme de filaments microscopiques et le sporophyte (la feuille), partie la plus visible de la fougère.


Le trichomanès remarquable
(Trichomanes speciosum)
 

Chez cette espèce, le prothalle, que l’on trouve en milieu naturel, contrairement au sporophyte, se reproduit par voie végétative, formant ainsi des tapis denses sur les parois rocheuses très humides et ombragées.

Cependant, le nombre de stations de sporophyte de cette espèce dans le massif armoricain est actuellement en régression. Face aux menaces qui pèsent sur le trichomanès remarquable, le Conservatoire botanique national de Brest a réalisé un plan d’action pour en maintenir les principales populations bretonnes. Les mesures à appliquer sont basées sur la préservation des puits et de leurs conditions écologiques (information des propriétaires pour la protection physique des puits), d’une part et sur le développement d’une recherche afin de mieux connaître la biologie, la taxonomie et l’écologie de cette espèce remarquable.

C’est dans le cadre de ce plan d’action qu’une thèse sur le trichomanes a été menée par Sandrine Loriot, entre 2002 et 2004.

 


 
En Pays de la Loire  
  L'angélique des estuaires (Angelica heterocarpa)

L’angélique des estuaires (Angelica heterocarpa) est une ombellifère protégée au niveau européen, endémique des estuaires à marée de la façade atlantique française. Sur le territoire d’agrément du conservatoire, elle se développe essentiellement sur les rives de la Loire estuarienne au niveau de l’agglomération nantaise.

La Communauté urbaine de Nantes (Nantes métropole) a donc une grande responsabilité en matière de protection de cette plante. Or, ses stations sont soumises à une forte pression anthropique liée à la vocation industrielle des bords de Loire et à leur situation très urbaine.



L'angélique des estuaires
(Angelica Heterocarpa)
 

Un plan d’action et de conservation de cette plante a donc été mis en place depuis 2004 par Nantes métropole en partenariat technique avec le Conservatoire botanique national de Brest et le jardin botanique de Nantes.

Ce plan d’action est axé sur plusieurs thématiques notamment :

La proposition d’un programme expérimental d’acquisition de données sur la plante (génétique, biologie, écologie…)
Le suivi des populations d’angélique des estuaires
L’accompagnement à la maîtrise d’ouvrage et la maîtrise d’oeuvre des projets en bordure de Loire
L’information et la communication
La création d’un réseau de stations refuges.

Un guide technique à destination des acteurs de l’estuaire pour la prise en compte de l’angélique des estuaires est en préparation et sera publié courant 2009.
     
En Basse-Normandie  
 

La gratiole officinale( Gratiola officinalis)

Un plan de conservation a été élaboré pour cette espèce en 2007. En Basse-Normandie, cette plante ne se trouve plus qu’en vallée de la Sarthe (61), dans une seule station, sur environ 240 m².

En 2000 sur ce secteur, on comptait encore 4 stations de gratiole, mais des pratiques de labour, de plantation ou de pâturage trop intensif ont mis à mal 3 de ces stations

La dernière station bas-normande de cette plante a fait l’objet d’une description de son habitat dans le cadre du suivi des espèces vulnérables de Basse-Normandie.


la gratiole officinale
Gratiola officinalis

(Photo - Thomas BOUSQUET - Conservatoire botanique national de Brest
 

La réalisation du diagnostic de la station a été l’occasion de rencontrer les acteurs de la gestion et de les sensibiliser. Le propriétaire et gestionnaire de la parcelle, qui a déjà contractualisé une mesure agri-environnementale (MAE) entre 1995 et 2000, suit pour l’instant une gestion adaptée à la préservation du milieu et de l’espèce.




La conservation ex-situ

Complémentaire de la conservation in-situ, la conservation ex-situ et la multiplication en culture s’avèrent parfois indispensables pour maintenir ou restaurer certaines populations menacées. Cette méthode de conservation consiste à récolter les graines des plantes menacées pour les conserver à basse température (congélation), ce qui a la propriété d’allonger leur durée de viabilité.

Le Conservatoire botanique national de Brest dispose de serres techniques de multiplication destinées à faire germer ces graines pour ensuite réintroduire les plantes obtenues dans leur milieu ou les conserver sur place. Le recours à la conservation ex-situ est également un outil d’expérimentation pour mieux comprendre la biologie des espèces vulnérables à travers leur mise en culture.


Depuis sa création, le Conservatoire botanique national de Brest a mis en place une banque de graines de plantes menacées à l’échelle du territoire d’agrément du conservatoire, mais aussi du monde entier.

Un cadre réglementaire précis et une déontologie très stricte régissent les opérations de renforcement de populations ou de réintroductions à partir des graines et de plantes obtenues ex-situ. De grandes précautions sont prises pour garantir l’intégrité et la représentativité du patrimoine génétique conservé. Tout risque d’hybridation ou de sélection même involontaire doit être écarté dans cette technique beaucoup plus délicate qu’on ne l’imagine souvent.

En 2007, le Conservatoire botanique national de Brest a récolté les graines de 11 espèces de plantes menacées sur son territoire d’agrément dont cinq font actuellement l’objet d’un plan de conservation.
Une attention particulière est accordée aux plantes à très forte valeur patrimoniale : le panicaut vivipare (Eryngium viviparum), le scirpe triquêtre (Scirpus triquetrus), l’ail des landes (Allium ericetorum), l’angélique des estuaires (Angelica heterocarpa) ou encore l’obione pédonculée (Halimione pedunculata).

Exemple de conservation ex-situ

En Bretagne :

Le panicaut vivipare (Eryngium viviparum)

Il fait l’objet d’un plan de restauration de populations disparues. A ce titre, de nombreux tests de germination de ses graines prélevées en milieu naturel à différentes périodes ont été mis en place.

Les manipulations effectuées ont eu pour objectif de trouver les conditions optimales de germination. Le Conservatoire botanique national de Brest a également prélevé les graines d’anciens herbiers de cette plante pour les faire germer. Par ailleurs, l’ensemble des plants obtenus a été repiqué afin de les multiplier en vue de les réintroduire si besoin en milieu naturel.

 

Le panicaut vivipare
(Eryngium viviparum)

Pays de la Loire :

Le scirpe triquètre (Scirpus triquetrus)

Il fait l'objet d'un plan de conservation en Pays de la Loire. Afin de connaître l'influence de l'hydromorphie du substrat sur la période de germination des graines, le Conservatoire a lancé une étude en 2007 en partenariat avec le jardin botanique de Nantes.

Une partie des graines a été semée en extérieur en terrine avec vase humide et l'autre en terrine avec de la vase submergée (recouverte d'eau en permanence sur 5 cm), et ceci à 3 périodes de semis différentes (janvier, février et avril).

Les résultats ont montré que la germination ne s’opère que sur vase humide, à une température minimale de 10 à 12°C la nuit et de 15 à 25 °C le jour.
Des tests en incubateur sont actuellement en cours afin d’aller plus loin dans l’étude de cette plante.
 


Scirpe triquètre
(Scirpus triqueter L.)
(Photo : Jean Le Bail - Conservatoire botanique national de Brest)

Basse-Normandie :

Halimione pedunculata :

Sur le territoire d'agrément du CBN de Brest, il n’y a qu’une seule et unique station de cette espèce, et elle est située en Basse-Normandie.  La plante étant annuelle, l'importance de la station peut énormément varier d'une année à l'autre.

Par mesure de précaution, des collectes de graines sont réalisées les années où la population est assez conséquente pour pouvoir collecter des graines sans risque. En 2004, 19 graines ont été collectées en nature et environ 800 graines l’ont été en 2005.

Des tests ont été réalisés sur ces graines (95% de graines germées sur le lot collecté en 2005). Une partie est stockée au congélateur et l'autre est mise en culture pour collecte de graines supplémentaires, détermination des conditions de culture de l'espèce et meilleure compréhension des variations annuelles de la population.
 
Halimione pedunculata



 
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dernière mise à jour 01 septembre 2009