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Début octobre, Timothée Prey du Conservatoire botanique national de Brest a formé les gardes du littoral du Syndicat mixte des espaces littoraux de la Manche (SyMEL) à la reconnaissance des Characées, une famille méconnue d'algues.

 

Une formation ciblée pour les gardes du littoral

La matinée a débuté sur le terrain, dans les dunes de Saint-Germain-sur-Ay, pour observer les communautés de Characées directement sur site et effectuer quelques prélèvements dans les mares dunaires. L'après-midi s'est poursuivie dans les locaux du CPIE du Cotentin avec une présentation plus théorique avant de passer à une séance de détermination des échantillons collectés à l'aide de loupes binoculaires. 

La formation, destinées aux gardes du SyMEL, a permis de présenter ces algues évoluées, de donner des éléments pour leur détermination, de montrer l'intérêt de les étudier et de proposer des moyens de gestion favorables pour leur conservation.

Les Characées, c'est quoi ? Ce sont des algues évoluées, observables dans les eaux douces et parfois saumâtres. Souvent premières à coloniser le milieu, elles permettent la fixation des éléments fins, organiques et minéraux, et clarifient ainsi l’eau d’une mare. Cette famille comprend 7 genres et environ 400 espèces, dont 30 dénombrées en Normandie. Pendant la formation, les gardes ont pu déterminer avec Timothée 5 espèces dont Chara major, Chara aspera ou encore Chara vulgaris

 

Contexte

Les Characées, encore peu étudiées à l’heure actuelle, jouent un rôle d’indicateur biologique des milieux aquatiques. Le SyMEL porte un programme d'acquisition spécifique sur ce groupe d'espèces méconnu. Outre l'acquisition de connaissance, il s'agit également d'obtenir des données utiles pour la gestion des mares. Le Conservatoire botanique intervient dans ce programme comme partenaire technique et scientifique. Cette étude sur 3 ans entre dans le cadre d'un appel à projet de la Région Normandie en faveur de la biodiversité.  

Présentation du SyMEL

Le SyMEL, qui associe à l’échelle du département de la Manche, le Département aux intercommunalités littorales et la commune de La Hague, a pour mission la gestion des sites protégés du littoral, propriétés du Conservatoire du littoral ou du Département, résultats d’une politique active de protection d’espaces naturels engagé dès les années soixante-dix sur les rivages du département de la Manche. Dans la Manche, ce sont ainsi près de 5160 hectares terrestres de rivages contrastés et diversifiés (côtes rocheuses basses, falaises, dunes, marais arrières littoraux, massifs dunaires, …) et 5000 du domaine public maritime sur l’archipel de Chausey dont le SyMEL assure au quotidien la gestion et la valorisation.

 

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Partenaires financiers

     

 

Contact

Timothée Prey
Chargée d'étude flore et habitats
Antenne Normandie-Caen
Conservatoire botanique national de Brest
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Le Sélin de Brotéro vit en France uniquement en Bretagne. L’élaboration d’un premier plan de conservation en 2001 n’a pas permis de stopper la régression de l’espèce. Plusieurs stations se trouvent aujourd’hui dans un état de conservation défavorable. En 2020, le Conservatoire botanique réalise un nouvel état des lieux. Objectif : actualiser le plan d’actions pour cette espèce emblématique de la flore bretonne.

Quelle est donc cette plante ?

Le Sélin de Brotéro (Selinum broteri) est une plante de la famille des Apiacées, appelées couramment Ombellifères. A première vue, il ressemble à la Carotte sauvage, notamment par les feuilles de sa base, très découpées. Contrairement aux feuilles de la Carotte, les feuilles du Sélin de Brotéro ne sont pas ou seulement peu poilues. Ses fleurs blanches à rosées forment une ombelle à rayons inégaux à la têtre de tiges mesurant 30 à 80 cm. Elles s’épanouissent en été.

Il représente un très fort enjeu de conservation puisqu'on ne l'observe dans le monde qu'en Bretagne et dans le nord de la péninsule ibérique. Il fait ainsi partie des plantes à répartition ibéro-armoricaine.

Sa découverte en France est relativement récente puisque jusque dans les années 1980 il était confondu avec une autre plante proche morphologiquement : le Sélin à feuilles de carvi (Selinum carvifolia), à plus large répartition européenne. Le Sélin de Brotéro a été découvert en Bretagne par Gabriel Rivière, botaniste morbihannais, à la fin des années 1980. Depuis, il a été observé dans 26 communes bretonnes, situées essentiellement dans le Morbihan.

Le Sélin de Brotéro se développe essentiellement au sein de prairies sèches et sur les pentes herbacées bordant les grands cours d'eau (Oust, Blavet, Aulne notamment).

Répartition • Découvrez la répartition du Sélin de Brotéro sur eCalluna, l'application web du Conservatoire pour connaître la répartition des plantes sauvages dans l'Ouest de la France

 

Un plan d'action à actualiser

Un plan d'action en faveur de cette plante rare a été établi en 2001, visant notamment à améliorer l'information et la sensibilisation autour de cette espèce et établir des itinéraires de gestion adaptés au maintien de ses stations.

Le constat 20 ans après : la mise en œuvre des actions s’est heurtée à un manque de relais pour la gestion des stations et la sensibilisation des acteurs. Les prospections réalisées en 2020 par Gaëtan Masson du Conservatoire botanique et des membres du réseau des botanistes correspondants, dont Gabriel Rivière, confirment la régression de l’espèce. Plusieurs localités ont disparu et d’autres présentent un état de conservation défavorable. Les principales causes semblent être :

  • la fermeture de la végétation par les ronces ou la Fougère aigle par exemple,
  • des modes de gestion défavorables (dates de fauche non adaptées),
  • la destruction des stations par la réalisation de travaux d'aménagement ou le retournement de prairies.

La synthèse et l’analyse des observations faites en 2020 permettront d’affiner les connaissances sur l’habitat optimal du Sélin de Brotéro et de proposer de nouvelles mesures de gestion. Un enjeu majeur sera la co-construction du plan d’actions avec des gestionnaires d’espaces naturels (collectivités, agriculteurs…) pour s’assurer de leur appui lors de la phase de mise en œuvre.

Le service Voies navigables de la Région Bretagne, gestionnaire des canaux et de leurs abords, est déjà identifié comme un partenaire important des actions à venir. Plusieurs stations se situent en effet sur des terrains gérés par ce service. 

> A lire • Procurez-vous le numéro 34 de la revue E.R.I.C.A. dans lequel se trouve l'article Connaissance et conservation de la flore et des habitats des voies navigables bretonnes.

Contact

Gaëtan Masson
Chargé d'études flore et habitats
Antenne Bretagne
Conservatoire botanique national de Brest
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En 2020, le Conservatoire du littoral a fait appel au Conservatoire botanique pour un avis d'expert sur le Parc botanique de la Roche Fauconnière. Catherine Zambettakis de l'antenne Normandie-Caen et Stéphane Buord du service International se sont rendus sur place. Voici leur analyse.

Présentation du parc

Le Parc botanique de la Roche Fauconnière est situé sur les hauteurs de Cherbourg-en-Cotentin. Véritable joyau botanique au cœur de la ville, il a été créé par la famille Favier en 1869 à l'emplacement d'un ancien vignoble. La surface du parc est de 7 hectares dont 4 hectares sont classés Monument historique depuis 1978.

Souvent décrit comme un jardin d'acclimatation de plantes en limite de rusticité, spécialement originaires de l'Himalaya, de l'Extrême-Orient et de l'hémisphère sud, le parc comptait encore 4 200 plantes dont 3 020 espèces en l’an 2000, soit le jardin privé le plus riche de France après celui des Cèdres à Saint-Jean-Cap-Ferrat.

Suite à une période difficile au début du 19e siècle puis sa reprise en main récente par les partenaires institutionnels et associatifs, cette collection compte aujourd'hui environ 1 260 spécimens recensés dans l'inventaire encore incomplet, dont 244 d'acquisitions récentes. Un travail remarquable a été effectué par les services techniques de la ville de Cherbourg-en-Cotentin et l'association La Cité des Plantes pour éliminer les ronciers et remettre le site en valeur.

Le parc appartient depuis 2011 au Conservatoire du littoral et depuis 2017 l’ensemble des acteurs locaux (élus, techniciens de la ville et associations) œuvrent collectivement à restaurer et maintenir le patrimoine de ce site mais également à lui donner une vocation paysagère et pédagogique actuelle.

Etat des lieux

Malgré les aléas de son histoire et les pertes occasionnées, la richesse des collections botaniques surprend dés le premier abord par la densité des sujets anciens et l'homogénéité du recouvrement par la végétation.

De nombreux genres sont très bien représentés : Nothofagus, Eucalyptus, Magnolia, Olearia, Pittosporum, Rhododendron, Camellia, Ilex, Pinus, Quercus...

La visite révèle de très nombreuses espèces rares en culture, originaires des deux hémisphères. Les collections historiques présentent également une forte proportion de sujets anciens souvent remarquables par leurs dimensions et leurs développements (Magnolia campbellii, Nothofagus obliqua, Nothofagus alessandrii, Taiwania flousiana). Parmi ces espèces rares en culture, certains arbres également rares et menacés en nature revêtent un intérêt particulier (Magnolia zenii, Pittosporum dallii).

Concilier conservation du patrimoine et roles du jardin dans l’agglomération

Ce site remarquable est destiné à rayonner sur le réseau des jardins de l'agglomération. Il devra concilier la conservation du patrimoine historique et le développement actuel des collections avec un futur plan d'aménagement paysager (ouvrir des perspectives, créer des cheminements...) ainsi qu’apporter une attention particulière pour inclure la restauration d’habitats naturels typiques des reliefs de Cherbourg (landes, pelouses et prairies naturelles) en présentant la flore locale.

Un dialogue pédagogique fort riche pourrait ainsi voir le jour entre flore locale et internationale. Ce projet bénéficie d'une rare synergie et d'une envie partagée entre élus, services techniques, membres associatifs, collectionneurs et amateurs.

Le Conservatoire botanique espère continuer à accompagner cette dynamique.

Contacts

Catherine Zambettakis
Déléguée régionale de l'antenne Normandie-Caen
Conservatoire botanique national de Brest
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Stéphane Buord
Directeur scientifique des actions internationales
Conservatoire botanique national de Brest
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L'antenne Normandie-Caen est engagée dans un programme d'amélioration des connaissances sur les bords de routes de Normandie. Cette année, lors des inventaires sur le réseau routier de la Direction interdépartementale des routes du nord-ouest, de belles surprises attendaient les agents du Conservatoire.

Quelles sont-elles ?

  • Sur le Centre d'entretien et d'intervention de St-Lô : le Gaillet de Paris (Galium parisiense), l’Eufragie visqueuse (Parentucelia viscosa) et la Gesse de nissole (Lathyrus nissolia). C'est seulement la deuxième fois que le Gaillet de Paris est observé dans le département de la Manche, et cela 11 ans après sa première mention.

 

  • Sur le Centre d'entretien et d'intervention de Valognes : les stations d’Oenanthe faux-boucage (Oenanthe pimpinelloides) découvertes en 2018 se portent bien. Cette Oenanthe est protégée en Basse-Normandie et fait l’objet d’un suivi dans le cadre du programme DIRNO.

 

  • Sur le Centre d'entretien et d'intervention de Fleury : les bassins de rétention ont fait l’objet de prospections ciblées, on notera en particulier l’observation de végétations aquatiques eutrophes dominées par le Potamot à feuilles pectinées (Potamogeton pectinatus) et oligotrophes à Potamot à feuilles de renouée (Potamogeton polygonifolius), Jonc bulbeux (Juncus bulbosus) et Sphaigne auriculé (Sphagnum auriculatum). La variation périodique des niveaux d’eau permet le développement régulier de communautés à Péplis faux-pourpier (Lythrum portula), Petite douve (Ranunculus flammula) et Jonc des crapauds (Juncus bufonius) dans les bassins aux berges en pente douce. Une station d'Elatine à six étamines (Elatine hexandra) a d'ailleurs été observée dans ce type de contexte écologique en 2019.

 

Un programme d'amélioration des connaissances sur le patrimoine végétal des bords de routes

Avec, à l’échelle nationale, une superficie équivalente à celle des parcs nationaux, les abords routiers occupent des surfaces non négligeables pouvant participer au maintien de la biodiversité. Souvent méconnus, ils sont parfois le support d’une importante richesse floristique. Ils constituent un espace refuge et sont des zones de passage et d’échanges génétiques pour de nombreuses espèces végétales.

Depuis 2017, un programme d’amélioration de la connaissance de la flore et des végétations des bords de route du nord-ouest de la France est mis en œuvre en partenariat avec la Direction interdépartementale des routes du nord-ouest (DIRNO) et les Conservatoires botaniques nationaux de Bailleul (antenne de Rouen), de Brest (antenne de Caen) et du Bassin parisien (antenne d’Orléans).

Ce programme vise à :

  • caractériser les enjeux floristiques (identifier les espèces à forte valeur patrimoniale et les espèces exotiques envahissantes),
  • à fournir des conseils et préconisations en matière d’aménagement et de gestion des bords de route,
  • à assurer l’accompagnement et le suivi scientifique d’opérations expérimentales de gestion et d’entretien des dépendances vertes.

Parallèlement, certains agents de la DIRNO sont formés à la reconnaissance des espèces à forte valeur patrimoniale et des exotiques envahissantes.

Partenaires

Contact

Lauriane Laville
Chargée d'études flore et habitats
Antenne Normandie-Caen
Conservatoire botanique national de Brest
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Julien Geslin, responsable départemental du réseau des correspondants du Conservatoire botanique pour le Maine-et-Loire, nous fait part de belles découvertes pour cette année : des plantes qui n'avaient pas été revues depuis plus de 50 ans dans le département ! En cette année particulière, les sorties botaniques se sont faites plus rares alors les bonnes nouvelles comme celle-ci sont encourageantes.

Cotonnière jaunâtre © Julien Geslin (CBN de Brest)

  • Le Vulpin bulbeux (Alopecurus bulbosus) : une plante des pelouses humides de la famille des Poacées, qu'on appelait Graminées. Elle tient son nom de ses tiges bulbeuses à la base. Elle a été redécouverte à Saint-Philbert-du-Peuple. Elle était autrefois signalée dans plus d'une quinzaine de communes du département.
    > Découvrir sa répartition sur eCalluna
  • La Cotonnière jaunâtre (Filago lutescens) : une plante de la famille des Astéracées, au feutrage blanc, qui pousse sur des pelouses à roches siliceuses. Elle fleurit de juillet à septembre. Ses fleurs jaunes sont regroupées en capitule. Elle a été redécouverte à Bain-sur-l'Authion et Saint-Philbert-du-Peuple.
  • > Découvrir sa répartition sur eCalluna
  • L'Elatine fausse-alsine (Elatine alsinastrum) : une petite plante amphibie, rare et menacée dans l'Ouest de la France, redécouverte à Bauné. Elle vit essentiellement en bord d'étangs ou de marais.
    > Découvrir sa répartition sur eCalluna
  • La Campanule à petites fleurs (Campanula erinus) : une plante rare et menacée en Pays de la Loire de la famille des Campanulacées. Ses fleurs minuscules sont solitaires ou en cymes, de couleur blanche ou bleue.
    > Découvrir sa répartition sur eCalluna

Merci à tous pour vos contributions à la meilleure connaissance et préservation des plantes sauvages du Maine-et-Loire !

> A savoir • Le bilan des découvertes de Maine-et-Loire et des 11 autres départements d'intervention du Conservatoire botanique sera à lire dans le prochain numéro d'E.R.I.C.A., à paraître au printemps 2021.

Contact

Julien Geslin
Responsable Maine-et-Loire du réseau des correspondant.e.s
Référent interrégional flore
Antenne Pays de la Loire
Conservatoire botanique national de Brest
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