Flore protégée des Pays de la Loire
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Les rochers et pelouses du littoral


Description :

Sur les côtes rocheuses, on observe au-dessus de la limite atteinte par les flots lors des pleines mers de vives eaux (étage aérohalin), une végétation caractéristique comprenant diverses plantes adaptées à des conditions de vie particulièrement difficiles. Les rochers et falaises sont en effet régulièrement aspergés par les embruns et les plantes doivent supporter des concentrations de sel considérables dans leurs tissus et dans le sol. On appelle ces espèces « halotolérantes », c’est-à-dire tolérant le sel : l'armérie maritime (Armeria maritima) et la criste marine ou perce-pierre (Crithmum maritimum) en constituent de bons exemples, de même que le silène maritime (Silene vulgaris subsp. maritima), qui est protégé en Pays de la Loire.

Les vents, fréquents et souvent forts, influencent également la composition floristique des communautés végétales et imprime une physionomie très particulière à la flore. La majorité des plantes des falaises est de petite taille. Parmi les exemples de nanisme, on peut citer le cas de la carotte de Gadeceau (Daucus carota subsp. gadecaei), protégée au niveau national, qui se distingue, notamment, de la carotte commune par une taille réduite à 15 cm et par des tiges plus ou moins couchées. Le port « en boule » est aussi souvent adopté par les végétaux dans ce milieu. Il permet de réduire la surface des tissus directement exposés par rapport au volume total de la plante. De façon générale, les formes de croissance compactes et parfois succulentes sont favorisées dans ce type de milieu. Quelques espèces développent des cuticules (c’est-à-dire une couche de protection sur la surface des tissus extérieurs de la plante) épaisses ou des revêtements pileux pour protéger leur parties aériennes des sels apportés par les embruns. Sur le littoral, on observe souvent des plantes dont les parties exposées à la côte sont desséchées (nécroses), en raison d’une action conjointe des vents et des embruns.

Au niveau des falaises, les sols sont peu épais et souvent très peu développés. Dans la majorité des cas, il s'agit de sols bruts, issus directement de la décomposition de la roche mère, ou de sols organiques peu profonds.

Ces différentes contraintes du milieu diminuent rapidement lorsqu'on s'éloigne de la côte, créant ainsi une zonation typique des communautés végétales qui reflète le degré d'exposition aux embruns et la qualité du sol et varie en fonction de l'exposition et du relief des falaises.

La végétation des fissures et des crevasses

Au contact supérieur des ceintures d'algues et des tapis de lichens situés sous les plus hautes mers de vives eaux, les premières communautés de plantes supérieures (plantes à fleurs et fougères) sont composées par des espèces hautement spécialisées.

Elles sont adaptées à l'aspersion régulière et massive par les embruns et arrivent à se développer dans un substrat pauvre. Dans les fissures, le sol squelettique est issu directement de la décomposition de la roche mère et de l'accumulation de matière organique piégée dans les fissures. Les réserves en eau sont très faibles dans de telles conditions et les plantes sont sujettes à une période de sécheresse estivale.

Les espèces caractéristiques du milieu montrent des adaptations physiologiques et morphologiques à ces contraintes. La succulence de la criste marine (Crithmum maritimum) et de la spergulaire des rochers (Spergularia rupicola) représente une adaptation à l'exposition marine et à la sècheresse.

Des espèces comme l'armérie (Armeria maritima) et les statices (Limonium sp.) ont développé quant à elles des mécanismes d'excrétion du sel.

En Pays de la Loire, trois plantes protégées sont associées à ces végétations des fissures et crevasses des falaises maritimes : le statice à feuilles ovales (Limonium ovalifolium subsp. gallicum), le silène maritime (Silene vulgaris subsp. maritima) et la doradille marine (Asplenium marinum), qui pousse dans parties les plus fraîches et ombragées.
 

Végétation des fissures
et des crevasses à
Brétignolle-sur-Mer (85)
(Photo : Jean Le Bail-CBNB)



Doradille marine
(Asplenium marinum L.)
(Photo : Jean Le Bail-CBNB)





Les pelouses aérohalines

Ces pelouses sont placées sous l’influence des embruns, d'où leur nom de « pelouses aérohalines » (c’est-à-dire tolérantes à la salinité de l'air), à un degré moindre toutefois que la végétation des fissures et des crevasses. Elles présentent généralement un aspect de pelouse rase et dense, dominée par la fétuque (Festuca gr. rubra).

Leur composition floristique varie en fonction des propriétés du sol, qui est généralement peu épais, et de l'exposition.

Les plus belles pelouses aérohalines se développent au niveau des pentes moyennes, au contact supérieur des communautés des fissures, sur des sols organiques. On les rencontre également autour des affleurements rocheux.

En Pays de la Loire, les pelouses aérohalines abritent plusieurs plantes protégées, avec la carotte de Gadeceau (Daucus carota subsp. gadeceai), la serratule de Galice (Serratula tinctoria subsp. seoanei), la centaurée maritime (Centaurium maritimum) et le plantain caréné (Plantago holosteum var. littoralis),

Cette dernière espèce composant avec une fétuque (Festuca huonii), un groupement végétal endémique des Iles de Groix, Belle-Ile et Yeu. Exceptionnellement, on peut y rencontrer également le peucédan officinal (Peucedanum officinale subsp. officinale), protégé au niveau régional.

 

Pelouse aérohaline
à Saint-Hilaire-de-Riez (85) (Photo : Jean Le Bail-CBNB)



Peucédan officinal
(Peucedanum officinale L. subsp. Officinale)
(Photo : Jean Le Bail-CBNB)

 



Les pelouses rases et ouvertes des affleurements rocheux

Autour des affleurements rocheux et sur les dalles rocheuses, on peut observer des végétations très rases et ouvertes, souvent caractérisées par les orpins (Sedum sp.).

Le sol y est très peu épais et s'assèche fortement en période estivale. Au printemps, de nombreuses espèces annuelles apparaissent dans ces milieux ouverts où la concurrence par d'autres plantes est faible. Ces espèces annuelles profitent de la période printanière favorable à leur développement et achèvent leur court cycle de vie avant la période de sécheresse.

C’est le cas, d’une communauté très rare (uniquement présente dans la région, sur l’Ile d’Yeu) des cuvettes et replats sur sol humifère et gorgé d’eau au premier printemps, qui constitue l’habitat exclusif de deux petites fougères protégées, l'ophioglosse du Portugal (Ophioglossum lusitanicum) et l'isoète des sables (Isoetes histrix), auxquelles s’associe la romulée à petites fleurs (Romulea columnae subsp. coronata), également protégée et que l’on rencontre aussi en dune grise.

Dans des situations proches, on rencontre également à l’Ile d’Yeu, une Orchidée protégée en Pays de la Loire : le sérapias à petites fleurs (Serapias parviflora). Une autre plante protégée régionalement, l’érodium maritime (Erodium maritimum), est l’hôte de pelouses de plantes annuelles sur rochers maritimes.
 

Pelouse rase et ouverte des
affleurements rocheux
à Brétignolle-sur-Mer (85)
(Photo : Jean Le Bail-CBNB)



Pelouse rase et ouverte
des affleurements rocheux
à Brétignolle-sur-Mer (85)
(Photo : Jean Le Bail-CBNB)


 

La végétation des suintements

Lorsque des suintements d'eau douce débouchent au niveau des pentes des parois des falaises, une végétation très particulière peut s'installer. Les plantes de ce cortège se développent au niveau des fissures ou en pied de falaise, sur des sols superficiels rendus humides en permanence par des écoulements d’eau douce, tout en continuant à être soumis aux contraintes liées à la proximité de la mer, tout particulièrement aux aspersions d’embruns salés. On observe ainsi un mélange d'espèces à la fois hygrophiles et supportant le sel telles que l’agrostide stolonifère (Agrostis stolonifera ssp. maritima), la samole de Valerand (Samolus valerandi), le céléri sauvage (Apium graveolens), le scirpe maritime (Scirpus maritimus) ou le jonc de Gérard (Juncus gerardii), auxquelles s’ajoute l’oseille des rochers (Rumex rupestris), protégée au niveau européen.


Oseille des rochers
(Rumex rupestris Le Gall)
(Photo : Jean Le Bail-CBNB)



Dégradations et menaces :


A de rares exception près (Ile d’Yeu, notamment), l’urbanisation a colonisé en Pays de la Loire des linéaires très importants de côtes rocheuses, souvent en continu. Parvenant à une distance très proche du rebord des falaises, et le plus souvent bordée par des routes situées en corniche, elle a généralement réduit les milieux littoraux rocheux à un étroit liseré.

Dans cet espace confiné par l’urbanisation, la principale menace pour les habitats rocheux littoraux concerne sans conteste la surfréquentation qui s’exerce de manière croissante sur ce littoral très touristique. Le piétinement important est en effet à l’origine d’une dégradation du tapis végétal au sommet des falaises qui voit sa composition floristique s’appauvrir et son recouvrement au sol diminuer, laissant parfois de grandes plages de sol nu et tassé par les multiples passages. Il favorise ainsi les processus d'érosion. La végétation se développant naturellement de façon très lente dans un milieu à contraintes aussi fortes, les dégradations des pelouses littorales sont difficilement réversibles.

La végétation des falaises, par nature inaccessibles, reste dans une certaine mesure à l’abri de ce phénomène. Néanmoins, lors de la marée noire de l'ERIKA, elle a été touchée de plein fouet par la pollution par les hydrocarbures qui a été projeté parfois jusqu’au sommet des falaises.

 

Fréquence et répartition :

Les côtes rocheuses sont surtout développées en Loire-Atlantique, avec de longs rivages de falaises peu élevées (au maximum 20 mètres de haut), de la Pointe de Pen-Bé (Assérac) jusqu’à la Turballe, le long de la Côte sauvage de la Pointe du Croisic (le Croisic) à la Pointe de Pen-Château (Pornichet), de la Pointe de la Lande (Pornichet) à Ville-ès-Martin (Saint-Nazaire) et enfin de la Pointe Saint-Gildas (Préfailles) jusque vers la Bernerie-en-Retz.  En revanche, elles font pour ainsi dire défaut en Vendée, sauf sur l’Ile d’Yeu, qui présente tout au long de sa façade sud une magnifique côte rocheuse découpée. Sur les côtes vendéennes continentales, la zone rocheuse la plus importante est longue de deux kilomètres au niveau de Saint-Hilaire-de-Riez (Corniche vendéenne), et on note ponctuellement quelques faciès rocheux vers les Sables-d’Olonne et Château-d’Olonne.

Malgré le développement plus important des côtes rocheuses en Loire-Atlantique qu’en Vendée, le nombre d’espèces protégées est semblable dans les deux départements : 11 espèces. Ceux-ci possèdent 8 espèces protégées en commun. 3 sont spécifiques à la Loire-Atlantique : la carote de Gadeceau (Daucus carota subsp. gadecaei), la serratule de Galice (Serratula tinctoria subsp. seoanei)et le peucédan officinal (Peucedanum officinale subsp. officinale). 3 autres espèces sont propres à la Vendée : l’isoète des sables (Isoetes histrix), l’ophioglosse du Portugal (Ophioglossum lusitanicum) et le sérapias à petites fleurs (Serapias parviflora).

 

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dernière mise à jour 06 février 2012