Flore protégée des Pays de la Loire
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Les prairies naturelles

Description :

Les prairies sont des formations herbacées plus ou moins hautes qui dérivent d’une déforestation remontant au début de l’occupation humaine et qui doivent leur maintien aux activités humaines liées à la fauche et au pâturage. Bien qu’il s’agisse en ce sens de milieux semi-naturels, les pratiques traditionnelles séculaires de production de fourrage pour le bétail ont permis la mise en place de communautés végétales spontanées d’une très grande diversité. Ce n’est par contre plus le cas des prairies permanentes qui sont ensemencées et qui constituent des prairies artificielles à rapprocher des cultures. Par ailleurs, la fertilisation des prairies, de même que d’autres modes d’exploitation découlant d’une intensification des productions tels que des fauches répétitives ou un pâturage intensif, sont d’autres facteurs de banalisation et d’appauvrissement de la la flore prairiale.

La flore sauvage des prairies est dominée par des espèces hémicryptophytes qui sont des plantes à rosettes, cespiteuses ou à rhizome proche de la surface du sol, ayant en commun de disposer de bourgeons situés au ras du sol. De par cette forme biologique, mais aussi de par leur cycle de vie (phénologie), elles sont adaptées à la coupe par la dent animale ou par l’outil de l’homme.

Toutefois, des cortèges assez différents peuvent apparaître, selon qu’une prairie est entretenue par fauche ou par pâturage, notamment du fait de la sensibilité d’un certain nombre de plantes au piétinement par le bétail.

Les milieux prairiaux sont supportés par des sols relativement épais conservant une bonne alimentation en eau, et ne subissant pas de déficit hydrique, au contraire des pelouses sèches qui se trouvent sur des sols très drainants, généralement superficiels et à très faible réserve en eau. L’humidité du sol est un facteur de différenciation important des prairies, à partir duquel on peut distinguer différents types :
 

Prairie naturelle humide,
à Sainte-Reine-de-Bretagne (44)
(Photo : Hermann Guitton-CBNB)

les prairies hygrophiles de bas niveau sont soumises à des inondations prolongées et restent franchement humides en été,
les prairies mésohygrophiles connaissent une période d’inondation plus courte, en raison d’une situation topographique plus haute que les précédentes,
les prairies mésophiles de haut niveau ont les sols mieux drainés et généralement non inondables.


En cas de submersion très prolongée et d’une asphyxie du milieu, on observe le passage des prairies hygrophiles vers des bas-marais et prairies tourbeuses. L’inondation hivernale peut se faire par débordement d’un cours d’eau ou bien par remontée de la nappe phréatique. C’est dans les systèmes de vallées alluviales que la succession des prairies hygrophiles aux prairies mésophiles est la plus caractéristique et la plus fréquente, des parties basses du lit majeur jusqu’aux coteaux qui bordent le val.

Les prairies les plus humides sont en contact avec des formations de grandes herbes, souvent denses et parfois luxuriantes et difficilement pénétrables. Celles-ci correspondent à des milieux généralement non exploités par l’homme ou bien de façon exceptionnelle. Les peuplements les plus élevés sont ceux de la roselière, dominée par le phragmite (Phragmites australis), les cariçaies formant une strate plus basse composée de laîches (Carex spp.). Roselières et cariçaies bordent fréquemment cours d’eau et plans d’eau et forment des ceintures à l’intérieur des dépressions très humides. Elles sont majoritairement composées d’hélophytes, c’est-à-dire de plantes dont les parties aériennes (appareil végétatif et reproducteur) sont situées en grande partie hors de l’eau, persistant moins d’une année, tandis que les bourgeons d’hiver sont enfouis dans la vase et immergés dans l’eau.

Les mégaphorbiaies sont quant à elles, des prairies élevées composées d’hémicryptohytes, avec une forte fréquence de la reine des près (Filipendula ulmaria), de l’angélique des bois (Angelica sylvestris), de la salicaire (Lythrum salicaria), de l’eupatoire chanvrine (Eupatorium cannabinum), de la lysimaque des bois (Lysimachia vulgaris) ou encore du liseron des haies (Calystegia sepium). En relation avec les prairies hygrophiles, qu’elles colonisent dès lors que celles-ci sont abandonnées par l’agriculture, elles occupent souvent les parties supérieures des berges des cours d’eau, mais aussi les ouvertures des forêts riveraines. Engraissée par le dépôt de sédiments par les crues, la végétation des mégaphorbiaies est dominée par des espèces nitrophiles, caractéristiques des milieux riches en azote. Les mégaphorbiaies constituent des stades transitoires dans la dynamique des espaces riverains. Naturellement, elles évoluent vers des fourrés hygrophiles (saulaies) et des forêts riveraines à aulnes et frênes. Elles s'installent dès l'apparition d'ouvertures dans le couvert forestier, par exemple suite à des crues ou des coupes forestières.

La chimie du substrat géologique influence également la composition des prairies. Dans la région comme dans l’ensemble des plaines atlantiques françaises, deux grands systèmes  prairiaux antagonistes s’opposent, correspondant d’une part aux prairies acides, et d’autre part aux prairies alcalines, sur substrat neutro-alcalin. Ce second système est caractéristique des petites vallées alluviales des bassins sédimentaires calcaires, mais inclut également en territoire armoricain, toute la vallée de la Loire et sa confluence avec un certain nombre d’affluents. En effet, la nature neutro-alcaline des alluvions riches en calcaire charriées jusque vers l’aval du fleuve, affranchit ces grandes vallées alluviales du contexte acide dû au substrat armoricain. Les prairies des marais arrière-littoraux représentent dans la région un troisième système subhalophile.


 Les prairies humides acidiphiles

 

Sur substrat acide, les prairies les plus humides sont constituées de glycéries (Glyceria sp.) et occupent des dépressions pouvant être inondées jusqu’en été.

Dans les dépressions inondées jusqu’au printemps seulement, les prairies sont à base d’oenanthe fistuleuse (Oenanthe fistulosa), de scirpe des marais (Eleocharis palustris) et de jonc acutiflore (Juncus acutiflorus).

En conditions d’asphyxie du substrat par une eau mal oxygénée, ce groupement évolue vers un bas-marais caractérisé par l’agrostide des chiens (Agrostis canina), l’écuelle d’eau (Hydrocotyle vulgaris), la laîche noire (Carex nigra) ou le cirse des Anglais (Cirsium dissectum).
 

Prairie acide humide oligotrophe
en Brière à Sainte-Reine-de-Bretagne
(Photo : Hermann Guitton-CBNB)

Les niveaux moins longuement inondés des vallées alluviales armoricaines se partagent en fonction de l’usage agricole. Les prairies fauchées contiennent l’oenanthe à feuilles de peucédan (Oenanthe peucedanifolia), le brome en grappes (Bromus racemosus) ou le vulpin des prés (Alopecurus pratensis) au sein desquelles fleurit la belle fritillaire pintade (Fritillaria meleagris). Les prairies pâturées sont appauvries des espèces précédentes et caractérisées par la présence du jonc acutiflore (Juncus acutiflorus) et de la crételle (Cynosurus cristatus). Par accumulation de matières organiques au sol, on observe l’évolution de la prairie de fauche comme de la prairie pâturée vers un bas-marais à cirse des Anglais (Cirsium dissectum) et scorzonère humble (Scorzonera humilis), dans lequel on peut trouver deux plantes protégées : la stellaire des marais (Stellaria palustris), et en Grande Brière, le peucédan à feuilles en lanières (Peucedanum lancifolium).

Il faut signaler une autre plante protégée, la trompette de Méduse (Narcissus bulbocodium subsp. bulbocodium) dans une prairie humide de Carquefou en Loire-Atlantique.

Bien que cette espèce ne soit pas autochtone dans la région (l’espèce naturalisée dans cette station depuis le début du XXème siècle, époque à laquelle elle avait été introduite) a été protégée en raison de son intérêt phytogéographique (plante ouest-méditerranéenne-atlantique présente au Maroc, au Portugal, en Espagne et dans le sud-ouest de la France).

Dans des sites peu ou pas entretenus par l’agriculture et en contact avec l’aulnaie-frênaie, une mégaphorbiaie acidiphile à reine des prés (Filipendula vulgaris), scirpe des bois (Scirpus sylvaticus), jonc acutiflore (Juncus acutiflorus), oenanthe safranée (Oenanthe crocata) et angélique des bois (Angelica sylvestris). C’est dans ce type de milieux qu’est signalée la bistorte (Polygonum bistorta), protégée en Pays de la Loire.
 

Trompette de Méduse
(Narcissus bulbocodium L. subsp. bulbocodium)
(Photo : Loïc Ruellan-CBNB)



 Les prairies tourbeuses acidiphiles

En tête des petits ruisseaux, dans des stations au sol tourbeux engorgé par une eau courante pendant une grande partie de l’année, se développe une prairie tourbeuse à carum verticillé (Carum verticillatum) et jonc acutiflore (Juncus acutiflorus).

Caractérisée par des espèces turficoles comme la linaigrette à feuilles étroites (Eriophorum angustifolium) ou la valériane dioïque (Valeriana dioica), cette prairie tourbeuse est l’habitat de deux espèces protégées : la violette des marais (Viola palustris) et le peucédan à feuilles en lanières (Peucedanum lancifolium). Sur de petites surfaces de tourbe mise à nu au sein de la prairie tourbeuse, on observe l’apparition d’un groupement pionnier caractérisé par la présence constante de la grassette du Portugal (Pinguicula lusitanica), espèce protégée, et du mouron délicat (Anagallis tenella), dans lequel on peut rencontrer d’autres plantes protégées comme le rossolis à feuilles rondes (Drosera rotundifolia) ou le rossolis intermédiaire (Drosera intermedia).
 

Grassette du Portugal
(Pinguicula lusitanica L.)
(Photo : Hermann Guitton-CBNB)


 Les prairies humides neutro-alcalines des grandes vallées alluviales

Les grandes vallées alluviales de la région des Pays de la Loire, au premier rang desquelles figure la vallée de la Loire, et à laquelle s’ajoutent ses affluents les plus importants (la Vienne, la Maine qui résulte de la réunion du Loir, de la Mayenne et de la Sarthe, ou le Layon) ainsi que des zones humides connexes (Marais de Grée, Marais de Goulaine, lac de Grand-Lieu, une partie de la Grande Brière), sont caractérisées par des accumulations d’alluvions riches en bases. Cet environnement alcalin affranchit ces grands systèmes alluviaux de la nature sous-jacente du substrat géologique et détermine une végétation commune à la fois à la partie orientale calcaire et à la partie occidentale armoricaine de la région.

Les dépressions les plus basses des grandes vallées alluviales et les bordures de certains étangs, soumises à des inondations pouvant s’étaler sur 5 à 7 mois, abritent une prairie hygrophile à oenanthe fistuleuse (Oenanthe fistulosa) et petits scirpes dressés (Eleocharis palustris, Eleocharis uniglumis) qui revêt un intérêt patrimonial exceptionnel du fait de
 

Prairie humide neutro-alcaline
(Photo : Jean Le Bail-CBNB)
la présence caractéristique d’un cortège particulièrement riche en espèces remarquables pour l’ouest de la France, d’ailleurs protégées :la gratiole officinale (Gratiola officinalis), l’inule d’Angleterre (Inula britannica), la cardamine à petites fleurs (Cardamine parviflora), le céraiste douteux (Cerastium dubium) et la stellaire des marais (Stellaria palustris). Dans les dépressions humides des prairies alluviales sarthoises(vallées de l'Huisne et du Loir) peuvent se trouver deux espèces protégées dans la région, habituellement associées à des sols légèrement salés : la renoncule à feuilles d'Ophioglosse (Ranunculus ophioglossifolius) et le trèfle de Michéli (Trifolium michelianum).

Composé de plantes aux tiges fragiles, ce groupement végétal est sensible au piétinement par le bétail et évolue en cas de tassement du sol vers une prairie à plantain majeur (Plantago major) et menthe pouillot (Mentha pulegium), dans laquelle les espèces remarquables régressent, mais peuvent néanmoins subsister parfois (l’inule d’Angleterre, notamment).

On peut également signaler la nivéole d’été (Leucojum aestivum), qui est une plante échappée de jardins, mais protégée en France, et qui s’est naturalisée dans certaines prairies de bas-niveaux dans la vallée du Loir (Sarthe).

Sous certaines conditions d’asphyxie dues à un engorgement du sol se prolongeant une grande partie de l’année, la prairie hygrophile à gratiole et à oenanthe fistuleuse, peut évoluer comme la prairie hygrophile acidiphile, vers un bas-marais à agrostide des chiens (Agrostis canina), écuelle d’eau (Hydrocotyle vulgaris) ou cirse des Anglais (Cirsium dissectum). Toutefois, le bas-marais correspond, dans ce cas, à une variante originale à gratiole officinale dans laquelle les autres espèces protégées se maintiennent également. En outre, il peut abriter la laîche à utricules velus (Carex lasiocarpa), elle aussi protégée.

Les niveaux moyens et supérieurs des grandes vallées, soumis à une période d’inondation plus courte, de l’ordre de 4 à 5 mois par an, sont occupés par une prairie mésohygrophile, classiquement fauchée, dont la composition floristique repose, notamment, sur la présence du séneçon aquatique (Senecio aquaticus), de l’oenanthe à feuilles de silaus (Oenanthe silaifolia), du vulpin des prés (Alopecurus pratensis) et de la cardamine des prés (Cardamine pratensis).

Ce groupement abrite des espèces remarquables telles que la fritillaire pintade (Frillaria meleagris) ou l’orchis à fleurs lâches (Orchis laxiflora), mais pas de plantes protégées. Il cotoie parfois une mégaphorbiaie à pigamon jaune (Thalictrum flavum) et guimauve officinale (Althea officinalis). Dans l’ouest du Marais poitevin, on retrouve dans cette mégaphorbiaie une plante protégée, disparue du reste de la région des Pays de la Loire : l’euphorbe des marais (Euphorbia palustris)
 

Cardamine à petites fleurs
(Cardamine parviflora L.)
(Photo : Jean Le Bail-CBNB)


 Les prairies humides neutro-alcalines des petites vallées alluviales

La végétation des dépressions les plus longuement inondées des petites vallées et marais associées sur substrat neutro-alcalin, diffère peu de la prairie à oenanthe fistuleuse (Oenanthe fistulosa) et scirpe des marais (Eleocharis palustris) qui occupe les situations équivalentes sur substrat acide. Elle s’en distingue essentiellement par l’absence du jonc acutiflore (Juncus acutiflorus), remplacé par la laîche d’Otruba (Carex otrubae) et le jonc articulé (Juncus articulatus). On peut parfois y rencontrer la stellaire des marais (Stellaria palustris), qui est protégée en Pays de la Loire.

Les végétations de mégaphorbiaies des petites vallées alcalines possèdent en commun la reine des prés (Filipendula ulmaria), la lysimaque des bois (Lysimachia vulgaris) et surtout le pigamon jaune (Thalictrum flavum), qui les distingue clairement des mégaphorbiaies acidiphiles. La vallée de la Loire partage au nord, une mégaphorbiaie appartenant au Bassin parisien caractérisée par le cirse des maraîchers (Cirsium oleraceum), et au sud, une mégaphorbiaie dans laquelle le cirse est remplacé par l’euphorbe poilue (Euphorbia villosa). La mégaphorbiaie à cirse des maraîchers est l’habitat d’une plante très rare dans la région et protégée : l’aconit napel (Aconitum napellus subsp. neomontanum).


Aconit napel
(Aconitum napellus L. subsp. lusitanicum Rouy)
(Photo : Emmanuel Fournier)


 Les prairies tourbeuses neutro-alcalines

Il s’agit de prairies sur sol plus ou moins tourbeux, basique, humide mais non mouillé en permanence, pouvant dériver parfois de tourbières neutro-alcalines asséchées par drainage. Elle sont marqués physionomiquement par la dominance d’une Graminée vert-bleu, la molinie (Molinia caerulea), dont un trop fort développement conduit à un appauvrissement de la diversité spécifique. Dans le Bassin parisien, ces moliniaies sont notamment caractérisées par la présence du cirse d’Angleterre (Cirsium dissectum), de la potentille tormentille (Potentilla erecta), de la scorzonère humble (Scorzonera humilis) et abritent trois plantes protégées en Pays de la Loire : la gentiane pneumonanthe (Gentiana pneumonanthe), le sélin à feuilles de carvi (Selinum carvifolia) et l’orchis des marais (Orchis laxiflora subsp. palustris).

Dans l’ouest de la Vendée aquitaine, des prairies humides assez proches, caractérisées par la combinaison d’une autre potentille, la potentille rampante (Potentilla reptans), avec la centaurée de Thuillier (Centaurea thuillieri) et la laîche glauque (Carex flacca), accueillaient une espèce végétale protégée en Pays de la Loire aujourd’hui disparue : la canche moyenne (Deschampsia media).
 

Sélin à feuilles de carvi
(Selinum carvifolia (L.) L.)
(Photo : Emmanuel Fournier)

 Les prairies humides subhalophiles

Dans le passé, l'homme a conquis des terrains sur la mer en construisant des digues. Les marais arrière-littoraux ainsi constitués se situent à un niveau topographique inférieur aux hautes mers de vive-eau, mais ils sont généralement protégés de l'inondation par l'eau de mer par des polders. Seuls les marais arrière-littoraux se développant en relation avec des estuaires sont encore inondés par l'eau salée lors des grandes marées.

Les sols, dérivés d'anciens schorres colmatés par une argile marine, le bri, contiennent encore du sel. Bien que la salinité du sol soit moindre qu'au niveau des prés salés par suite d’un lessivage par les pluies océaniques, les espèces végétales des marais arrière-littoraux doivent pouvoir tolérer une certaine salinité du substrat, variant d’ailleurs selon la saison (dilution pendant l’hiver par l’eau douce, concentration du sel en période de sécheresse). Les marais se distinguent également par des conditions hydriques variables au cours de l'année. En hiver, les sols sont gorgés d'eau, alors qu’en période estivale, le sol peut s'assécher.

La végétation des marais arrière-littoraux est dominée par des prairies diversifiées riches en espèces caractéristiques des milieux saumâtres comme le vulpin bulbeux (Alopecurus bulbosus) et la laîche divisée (Carex divisa). S’étendant du Morbihan à la Gironde, ces communautés végétales sont qualifiées de thermo-atlantiques.

Derrière l’apparente monotonie des formations prairiales subhalophiles qui peuvent s’étendre à perte de vue, soulignée par l’absence d’arbres, à l’exception des haies de tamaris (Tamarix gallica) le long des fossés, le paysage des marais arrière-littoraux présente une mosaïque de variations déterminées par une succession de buttes (appelées « belles ») ou de plus petits monticules (appelés « mottureaux ») et de dépressions (appelées « baisses »). Les dépressions les plus longuement inondées sont occupées par des prairies à oenanthe fistuleuse (Oenanthe fistulosa) ou à menthe pouillot (Mentha pulegium), selon qu’elles sont ou non piétinées par le bétail, associées à des plantes protégées : la renoncule à feuilles d’ophioglosse (Ranunculus ophioglossifolius) et le trèfle de Michéli (Trifolium michelianum).

On peut parfois y rencontrer une autre plante protégée, la cardamine à petites fleurs (Cardamine parvifora), qui se trouve également dans la vallée de la Loire et ses dépendances. En bordure des baisses, on rencontre un groupement témoignant d’une forte salinité, caractérisé par la combinaison du jonc de Gérard (Juncus gerardii), du vulpin bulbeux (Alopecurus bulbosus) et de l’orge marin (Hordeum marinum).

Des groupements végétaux différents apparaissent sur le flanc ou sur le replat des belles, qui sont déterminés par le mode d’exploitation agricole, par fauche ou bien par pâturage. Le pré de fauche hygrophile subhalophile est notamment caractérisé par l’association d’une autre oenanthe, l’oenanthe à feuilles de silaus (Oenanthe silaifolia), et du trèfle maritime (Trifolium squamosum).

On y retrouve le trèfle de Michéli (Trifolium michelianum), mais celui-ci disparaît dans le pré pâturé subhalophile avec un certain nombre d’autres espèces. Cependant, sur les substrats tassés par le bétail, cette prairie pâturée présente une variante remarquable à iris bâtard (Iris spuria subsp. maritima), espèce protégée en Pays de la Loire.

Le sommet des belles plus élevées est le domaine de prairies mésophiles à gaudinie fragile (Gaudinia fragilis) et crételle (Cynosurus cristatus) qui ne subissent pas de période d’inondation.
 

Iris bâtard
(Iris spuria L. subsp. maritima (Lam.) P.Fourn.)
(Photo : Jean Le Bail-CBNB)


 Les mégaphorbiaies saumâtres

Elles s’étirent en un liseré plus ou moins continu, le long des rivières côtières et des estuaires. Les berges sont inondées lors des grandes marées des vives eaux, enrichissant les vases en sel.

Dans l’estuaire de la Loire, on y rencontre l’angélique des estuaires (Angelica heterocarpa), en compagnie de l’oenanthe safranée (Oenanthe crocata), de la salicaire (Lythrum salicaria) et du séneçon aquatique (Senecio aquaticus). L’angélique des estuaires est une plante endémique des estuaires de la façade atlantique française également présente dans les estuaires de la Charente, de la Gironde et de l’Adour, et protégée à ce titre au niveau national et européen. Dans l’estuaire de la Loire, l’espèce présente la particularité de s’inviter sur les rives du fleuve en pleine agglomération nantaise, où elle possède d’ailleurs ses plus fortes populations, rencontrant des conditions optimales en matière de sédimentation et de salinité. Au contact inférieur de la mégaphorbiaie saumâtre à angélique des estuaires, le scirpe triquètre (Scirpus triqueter), également protégé, colonise les vases liquides du pied des berges de l’estuaire de la Loire .

Sur les berges de la Sèvre niortaise, la mégaphorbiaie saumâtre accueille une autre Ombellifère endémique des estuaires français (outre celui de la Sèvre niortiaise, elle est présente dans les estuaires de la Gironde et de la Charente), protégée au niveau national : l’oenanthe de Foucaud (Oenanthe foucaudii).


Fruits d'Angélique des estuaires
(Angelica heterocarpa J.Lloyd)
(Photo : Pascal Lacroix-CBNB)


 Les cariçaies et roselières

Parmi les végétations de grandes hélophytes, qui vivent les pieds dans l’eau, au contact inférieur des prairies les plus humides, on rencontre tout d’abord des formations désignées sous le terme de roselières. Leur physionomie est souvent dominée par des espèces de grande taille telles que le phragmite (Phragmites australis), le scirpe des lacs (Scirpus lacustris), la baldingère faux-roseau (Phalaris arundinacea) ou les massettes (Typha latifolia ou Typha angustifolia). Cependant, des roselières basses sont également édifiées par des espèces moins élevées comme l’oenanthe aquatique (Oenanthe aquatica) ou le rubanier rameux (Sparganium erectum subsp. neglectum). Toutes ces roselières ont un caractère pionnier et se développent sur des fonds meubles, contribuant au colmatage des milieux aquatiques et éliminant par concurrence les végétations amphibies. Elles préférent les eaux plutôt riches en éléments nutritifs (mésotrophes à eutrophes) et sont exclues des plans d’eau les plus acides et pauvres (oligotrophes).

Les roselières présentent généralement une faible diversité spécifique (surtout les roselières hautes) et n’abritent qu’exceptionnellement des plantes protégées, comme la gesse des marais (Lathyrus palustris  subsp. palustris), la scutellaire à feuilles hastées (Scutellaria hastifolia), la renoncule grande douve (Ranuculus lingua), la nivéole d’été (Leucojum aestivum) (population naturalisée dans la vallée du Loir, en Sarthe) ou encore le scirpe triquètre (Scirpus triqueter).

Cette dernière se trouvant ponctuellement sur le bas des berges de la Loire, en limite de dessalure des eaux, notamment dans toute l’agglomération nantaise. En outre, on peut également citer la catabrose aquatique (Catabrosa aquatica), qui forme des petits ourlets flottants souvent en bordure des roselières, avec d’autres plantes comme le cresson à feuilles de fontaine (Nasturtium officinale), la glycérie (Glyceria sp.) ou l’ache nodiflore (Apium nodiflorum).
 

Cariçaies et roselières de Brière
à la Chapelle-des-Marais (44)
(Photo : Jean Le Bail-CBNB)

Les cariçaies ont la physionomie de prairies, mais composées d’autres hélophytes : les laîches (Carex spp.). Il s’agit de formations denses souvent dominées par une seule espèce. Certaines grandes laîches comme la laîche élevée (Carex elata) peuvent édifier des « touradons », c’est-à-dire de grosses touffes dont la souche finit au cours des ans par s’élever au-dessus du sol ou de l’eau (parfois jusqu’à 1 mètre). On peut à nouveau y rencontrer la renoncule grande douve (Ranunculus lingua), protégée au niveau national. Les cariçaies sur sol à tendance tourbeuse, sont caractérisées par la laîche à ampoules (Carex rostrata) ou bien par une autre Cypéracée, la marisque (Cladium mariscus) et abritent des plantes protégées au niveau régional : le calamagrostis lancéolé (Calamagrostis canescens), présent très ponctuellement en Loire-Atlantique, la laîche à utricules velus (Carex lasiocarpa) et la gesse des marais (Lathyrus palustris subsp. palustris).


Catabrose aquatique
(Catabrosa aquatica (L.) P.Beauv.)
(Photo : Jean Le Bail-CBNB)


 Les prairies mésophiles

Les prairies mésophiles occupent des positions topographiques plus élevées que les prairies humides (hygrophiles ou mésohygrophiles) qui les mettent à l’abri des inondations, sur des sols relativement drainants, mais suffisamment épais pour disposer d’une bonne réserve en eau et ne pas subir de trop forts déficits en eau pendant l’été (à la différence des pelouses sèches).

Ces prairies mésophiles sont notamment caractérisées sur le plan floristique par un lot de Graminées à forte qualité fourragère comme le pâturin commun (Poa trivialis), le pâturin des prés (Poa pratensis), la houlque laineuse (Holcus lanatus), le ray-grass anglais (Lolium perenne), la crételle (Cynosurus cristatus), la flouve odorante (Anthoxantum odoratum) ou la phléole des prés (Phleum pratense subsp. pratense). Elles se divisent en deux grandes communautés, selon qu’elles sont pâturées ou principalement fauchées, prenant diverses formes.
 

Prairie mésophile à Montiliers (49) appartenant à
l'Orchido morio-Saxifragetum granulatae
(Allorge & Gaume 1931) de Foucault 1989
(Photo : Hermann Guitton-CBNB)


A la différence des prairies humides dont l’intérêt agronomique est naturellement limité par la contrainte des inondations, les prairies mésophiles font l’objet d’une exploitation agricole plus intensive, avec apports de fertilisants qui ont pour conséquence de banaliser la flore en favorisant certaines espèces de Graminées notamment. La diversité floristique demeure intéressante dans les prairies qui restent peu ou pas fertilisées. L’on y rencontre notamment le lin bisannuel (Linum bienne), la gaudinie fragile (Gaudinia fragilis), la mauve musquée (Malva moschata) ou le brome mou (Bromus hordaceus). Ces prairies mésophiles (et leurs variations mésohygrophiles) peu fertilisées sont susceptibles d’abriter ponctuellement plusieurs plantes protégées en Pays de la Loire : l’orchis grenouille (Coeloglossum viride), la gesse blanche (Lathyrus pannonicus subsp. asphodeloides), l’orchis punaise (Orchis coriophora), le tabouret à odeur d’ail (Thlaspi alliaceum) et le sérapias à petites fleurs (Serapias parviflora). En outre, le sérapias en cœur (Serapias cordigera), qui était une des deux seules plantes présumées disparues au moment de son inscription (par mesure de précaution) sur la liste des plantes protégées en Pays de la Loire, a été redécouverte depuis dans le sud-ouest de la Vendée.


Orchis grenouille
(Coeloglossum viride (L.) Hartm.)
(Photo : Hermann Guitton-CBNB)





Dégradations et menaces :

En raison du rôle historique prépondérant de l’homme dans la création et l’entretien des milieux prairiaux, la problématique de leur conservation nécessite le maintien de pratiques agricoles à caractère extensif, proches des pratiques traditionnelles. Or, l’évolution de l’agriculture depuis plusieurs dizaines d’années par intensification des pratiques est responsable d’une régression et d’une dégradation de la diversité floristique des prairies.

Le drainage des zones humides qui a été effectué dans le but d'augmenter la surface des terrains propices aux cultures et aux prairies temporaires a réduit l'espace occupé par les prairies humides. Cette tendance au retournement des prairies pour mise en culture a par exemple fortement transformé le paysage du Marais Poitevin. La diminution des conditions d’inondation entraîne par ailleurs des modifications fondamentales dans la composition des prairies et des milieux associés qui subsistent, qui vont dans le sens d’une perte de spécificité liée à la régression des plantes hygrophiles. Dans le cas des prairies tourbeuses, elle conduit à une minéralisation de la tourbe par manque d’engorgement du sol.

La fertilisation des prairies est une autre source de dégradation de la flore par intensification des pratiques, qui favorise quelques espèces de Graminées banales au détriment des plantes caractéristiques de milieux plus pauvres, très sensibles à l’enrichissement du sol. L'eutrophisation des eaux qui alimentent la nappe des prairies humides provoque une évolution semblable. La présence de prairies humides oligotrophes apparaît ainsi comme un indicateur de bonne qualité de l'eau.

L’essor des boisements en peupleraies constaté depuis au moins une vingtaine d’année dans les grandes vallées alluviales de la région, n’est pas non plus sans conséquence sur les prairies humides. Les prairies constituent en effet par définition des milieux ouverts qui ne se maintiennent pas dans un bon état de conservation sous le couvert d’une plantation forestière. Même en cas de maintien d’un entretien par fauche, celle-ci modifie radicalement l’éclairement, mais abaisse aussi le niveau de la nappe en été et entraîne la constitution d’une litière de feuilles au sol.

En marge de ce contexte d'intensification de l'agriculture, on assiste dans d’autres secteurs à l'abandon de l'exploitation de prairies humides, peu rentables pour l'agriculteur, qui évoluent un temps vers des formations de mégaphorbiaies qui possèdent un intérêt qui a été souligné précédemment, mais qui ne se maintiennent pas et conduisent par la suite vers des formations végétales boisées, moins diversifiées, comme les saulaies.  

Liées aux systèmes riverains, les mégaphorbiaies sont sensibles aux modifications du régime hydraulique des cours d'eau.

Des mesures de stabilisation des berges comme l'empierrement des rives ou le drainage des terrains jouxtant les rivières peuvent les détruire. Depuis quelques années, des espèces invasives comme les renouées asiatiques (Reynoutria sp.) se répandent au sein des mégaphorbiaies et supplantent les espèces indigènes.

 

Plantation d'une peupleraie
sur d'anciennes prairies humides
à la Varenne (49)
(Photo : Jean Le Bail-CBNB)


Fréquence et répartition :

Pour les raisons invoquées précédemment, les prairies naturelles et les formations de grandes herbes qui leur sont associées se sont considérablement raréfiées ces dernières décennies en Pays de la Loire. Il reste néanmoins de grands ensembles réellement remarquables, liés aux grandes zones humides de la région.

En Loire-Atlantique, les marais de la Vilaine et du Mès, l’estuaire de la Loire, puis le Marais Breton qui s’étend plus largement en Vendée, et enfin, dans ce second département, le Marais du Jaunay présentent des gradients remarquables entre les systèmes de prairies humides subhalophiles et les prairies humides acidiphiles. Des gradients équivalents s’observent en Grande Brière entre prairies humides subhalophiles et prairies humides des grandes vallées alluviales, et dans le sud de la Vendée, sur l’assise du Bassin aquitain, dans le Marais de Talmont et le Marais Poitevin, entre prairies humides subhalophiles et prairies humides alcalines. Ce chapelet de zones humides arrière-littorales de la façade littorale des Pays de la Loire constitue une contribution très importante à l’exceptionnelle richesse des Marais de l’Ouest de la France.

La vallée de la Loire, en amont de Nantes et sur tout son cours en Loire-Atlantique et Maine-et-Loire, jusqu’aux limites orientales de la région, la vallée du Layon (49), les Basses vallées angevines nées de la réunion des vallées de la Mayenne, de la Sarthe et du Loir (49, 53) qui se rejoignent pour former la Maine, la vallée du Hâvre (44), les marais de Grée (44), de Goulaine (44) et le Lac de Grand-Lieu (44) présentent des végétations prairiales hygrophiles et mésohygrophiles relevant des systèmes de grandes vallées alluviales, accompagnées de prairies mésophiles sur les coteaux. De beaux ensembles alluviaux existent également dans la vallée de l’Evre (49) et dans la vallée du Loir et la vallée de l'Huisne (72). Ailleurs, les formations prairiales ont une répartition beaucoup plus localisée.

Le département de Loire-Atlantique est le plus riche au niveau de la flore protégée des prairies et formations de grandes herbes, avec 25 espèces dont 6 ne se trouvent dans aucun autre département de la région : l’angélique des estuaires (Angelica heterocarpa), le calamagrostis lancéolé (Calamagrostis canescens), le peucédan à feuilles en lanière (Peucedanum lancifolium), la gesse des marais (Lathyrus palustris subsp. palustris), la trompette de méduse (Narcissus bulbocodium subsp. bulbocodium)et le tabouret à odeur d’ail (Thlaspi alliaceum). Les trois autres départements de Maine-et-Loire, de Vendée et de Sarthe présentent une richesse équivalente, avec respectivement 22, 21 et 19 espèces protégées, mais la Vendée possède une plus forte originalité avec 4 espèces qui lui sont propres à l’échelle régionale : l’euphorbe des marais (Euphorbia palustris), l’oenanthe de Foucaud (Oenanthe foucaudii), l’iris bâtard (Iris spuria subsp. maritima)et le sérapias en cœur (Serapias cordigera). Le département de Mayenne est nettement moins riche (13 espèces seulement), mais est le seul à arborer la violette des marais (Viola palustris subsp. palustris) dans ses prairies tourbeuses. Enfin, on peut remarquer que 6 espèces protégées sont communes aux 5 départements des Pays de la Loire : l’orchis grenouille (Coeloglossum viride), le rossolis à feuilles intermédiaires (Drosera intermedia), le rossolis à feuilles rondes (Drosera rotundifolia), la gratiole officinale (Gratiola officinalis), la grassette du Portugal (Pinguicula lusitanica) et la grande douve (Ranunculus lingua).


Euphorbe des marais
(Euphorbia palustris L. )
(Photo : LANTIN Bernard)



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dernière mise à jour 01 mars 2009