Généralement, on appelle « landes » des végétations ligneuses basses, dominées par des bruyères et des ajoncs. Les landes de plaine sont caractéristiques des climats tempérés océaniques. Selon leur origine, on distingue les landes « primaires » des landes « secondaires ». Les premières s'installent dans des sites où les conditions écologiques ne permettent pas l'installation d'arbres ou d'arbustes élevés. Ceci est le cas d'une partie des landes du littoral, exposées aux vents forts et aux embruns, et des landes des crêtes rocheuses, qui se développent sur des sols très peu épais. La plus grande partie de nos landes est cependant d'origine anthropique et se sont développées suite à la déforestation de terrains pauvres en éléments nutritifs (landes secondaires). Par la suite, leur exploitation agricole a empêché la réinstallation d'une végétation forestière.
Les landes s'installent toujours sur des sols acides et pauvres en éléments minéraux. C’est pourquoi leur végétation est souvent peu diversifiée et constituée de plantes adaptées aux substrats pauvres et acides, comme les Ericacées (bruyères et callune) qui subsistent dans ces conditions difficiles en développant des « mycorhizes » au niveau de leurs racines.
Il s'agit de champignons qui se disposent en manchon autour des racines des Ericacées. Cette association constitue une symbiose, au sein de laquelle le champignon profite des sécrétions racinaires des Ericacées, en échange de quoi il leur rend accessible l'azote du sol. Quant aux ajoncs, ils peuvent, grâce à la présence de bactéries particulières dans leur racines, fixer directement l'azote de l'air et ainsi compenser la pauvreté du sol. |
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Lande sur la commune d'Herbignac (44)
(Photo : Guillaume Thomassin-CBNB) |
Peu d'autres espèces accompagnent les Ericacées et les ajoncs, car, en plus de l’avantage adaptatif qu’ils présentent vis à vis de la fixation de l’azote atmosphérique, ils forment des coussins denses qui laissent peu d'espace à d'autres plantes.
On classe les landes selon un gradient d'humidité du sol. Trois grands types de landes sont distinguées, chacun d’entre eux étant caractérisé par la dominance d'une espèce de bruyère :
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la bruyère cendrée pour les landes sèches, |
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la bruyère ciliée pour les landes mésophiles (moyennement humides), |
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la bruyère à quatre angles pour les landes humides. |
En Pays de la Loire, les landes s’inscrivent dans le domaine de l’ajonc nain (Ulex minor) qui accompagne les Ericacées. En Basse Bretagne, il est remplacé par l'ajonc de Le Gall (Ulex gallii). Ce dernier résiste probablement moins bien au froid de l'hiver et se cantonne ainsi aux régions « hyperatlantiques » à hivers doux.
Sur le littoral, les landes se développent essentiellement sur les plateaux et promontoires des falaises maritimes. Elles y sont exposées à des vents violents et à des apports en sel par les embruns. Les sols sont superficiels, pauvres et se dessèchent en période estivale. Les landes qui se développent dans ces conditions restent toujours rases et sont considérées comme stables ou à dynamique très lente.
Dans le passé, les landes littorales faisaient, tout comme les landes de l'intérieur, l'objet d'usages agricoles traditionnels comme la fauche et le pâturage extensif ou le prélèvement de mottes (constituées de la végétation et d'une mince couche d'humus). Avec le développement de l'agriculture moderne, l'exploitation des landes littorales a presque entièrement disparu.
| D'un point de vue floristique, les landes littorales se distinguent par leur richesse en écotypes littoraux, c'est à dire de formes morphologiques particulières dues à l'influence maritime. Les formes prostrées des ajoncs au sein des landes en sont une bonne illustration. Sur les plateaux exposés aux vents et aux embruns, les ajoncs ont des ports prostrés ne dépassant généralement pas 50 cm de hauteur.
Quelques espèces caractéristiques des falaises littorales comme la fétuque pruineuse (Festuca rubra ssp. pruinosa) et l'armérie (Armeria maritima) peuvent se développer dans les ouvertures entre les bruyères et les ajoncs. Sous l'impact des vents et des embruns, la partie des plantes exposée à la mer est souvent desséchée. Les bruyères et la callune montrent ainsi une croissance asymétrique. |
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Lande mésophile sur la Pointe de
Pen-Bé à Assérac (44)
(Photo : Hermann Guitton-CBNB) |
Un autre type de lande littorale peut être observé au niveau des dunes grises décalcifiées. Suite au lessivage du sable, le substrat s'appauvrit en bases et devient plus acide. Si la dune est assez éloignée du front de dune, et n’est par conséquent pas soumise à des apports en sable par le vent, une mince couche d'humus peut s'accumuler. Dans de telles conditions, des landes sèches à callune (Calluna vulgaris) et bruyère cendrée (Erica cinerea), accompagnées par la laîche des sables (Carex arenaria), peuvent se développer. Très rares en Pays de la Loire, ces landes décalcifiées recèlent une plante protégée : la bellardie germandrée (Bellardia trixago).
La plupart des landes littorales sont dominées par la callune (Calluna vulgaris) et la bruyère cendrée (Erica cinerea), caractéristique des landes sèches.
Seulement en situation de légères dépressions ou au niveau de suintements d'eau douce, des landes mésophiles à bruyère ciliée (Erica ciliaris) et ajonc nain (Ulex minor) s'installent (on notera l’absence de landes humides sur notre littoral).
En Pays de la Loire, ces landes littorales subissent une nette influence méridionale avec la présence d’espèces protégées telles que la bruyère vagabonde (Erica vagans), le plantain caréné (Plantago holosteum var. littoralis) ou la petite centaurée maritime (Centaurium maritimum). |
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En Pays de la Loire, toutes les landes de l'intérieur sont d'origine anthropique et ont succédé à la forêt, par suite de déforestation, pâturage, écobuage, étrépage ou incendie. Parfois, elles ont pu se réinstaller après des cultures abandonnées.
Les landes à bruyère cendrée (Erica cinerea) sont inféodées à des sols secs, installés sur des roches siliceuses (sables ou roches massives), pauvres en éléments nutritifs, acides et à faible réserve eau. Ces landes sèches sont caractérisées par un fort déficit hydrique en été et par la présence de l’ajonc nain (Ulex minor) aux côtés de la bruyère cendrée (Erica cinerea).
En Pays de la Loire, les landes sèches ont la particularité d’être localement pénétrées par des espèces protégées d’origine méridionale : le bâton blanc d’Arrondeau (Asphodelus arrondeaui), la bruyère vagabonde (Erica vagans) et l’adénocarpe à feuilles pliées (Adenocarpus complicatus).
Une variante plus sèche se développe sur les sables arides des terrasses alluviales du centre de la Sarthe, caractérisée par une autre plante protégée méridionale : l’hélianthème faux-alysson (Halimium alyssoides). |
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Dans les landes sèches du nord-ouest de la Mayenne, la bruyère cendrée (Erica cinerea) n’est pas accompagnée par l’ajonc nain (Ulex minor), mais par l’ajonc d’Europe (Ulex europaeus). Cette lande appartient à un ensemble de landes sèches des régions du nord de la France sous climat atlantique atténué, faisant la transition entre les landes plus océaniques et les landes subcontinentales, auxquelles se rattachent également en Sarthe, des landes à bruyère cendrée (Erica cinerea), callune (Calluna vulgaris) et genêt poilu (Genista pilosa) (protégée en Pays de la Loire). Une autre plante protégée, le lycopode en massue (Lycopodium clavatum), aujourd’hui disparue, se rencontrait autrefois dans les espaces dénudés au milieu des sous-arbrisseaux de ces landes.
Les landes mésophiles se rencontrent également sur roches massives ou sables siliceux, et sur des sols pauvres en éléments nutritifs, très acides. Cependant, contrairement aux landes sèches, les sols sont pourvus d’une nappe d’eau plus ou moins profonde.
En Pays de la Loire, les landes mésophiles sont caractérisées sur le plan floristique par la constance de la bruyère ciliée (Erica ciliaris) et de l’ajonc nain (Ulex minor), mais on peut également trouver la bruyère cendrée (Erica cinerea) dans des landes mésophiles de passage vers la lande sèche, ainsi que la bruyère à quatre angles (Erica tetralix), dans les landes mésophiles plus fraîches, annonçant les landes humides. |
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Lande sèche de Pont-Barré à
Beaulieu-sur-Layon (49)
(Photo : Jean Le Bail-CBNB) |
Les landes mésophiles de notre région accueillent des plantes protégées telles que l’ail des landes (Allium ericetorum), la bruyère de Saint-Daboec (Daboecia cantabrica), la bruyère vagabonde (Erica vagans) et le peucédan de France (Peucedanum gallicum) qui ont en commun d’avoir une aire de répartition ibéro-atlantique, c’est-à-dire qu’elles sont présentes sur la façade atlantique du Portugal ou d’Espagne et qu’elles débordent sur les côtes atlantiques de France, parfois au sein d’une micro-aire disjointe de leur aire principale (c’est le cas de la bruyère de Saint-Daboec et de l’ail des landes).
Les landes humides sont caractérisées par la présence de la bruyère à quatre angles (Erica tetralix). Elles s'installent dans des dépressions à l’intérieur de la lande mésophile à bruyère ciliée, en bas des versants ou au contact des tourbières. Le substrat pauvre en éléments nutritifs est humide pendant au moins la plus grande partie de l'année, mais un assèchement superficiel estival peut néanmoins parfois être observé.
Les landes les plus humides abritent des sphaignes, mousses « productrices » de la tourbe. Si les sphaignes sont abondantes et actives, on parle de « lande tourbeuse » qui est également caractérisée par la présence d’agrostide des chiens ( Agrostis canina) et de genêt d’Angleterre ( Genista anglica).
Ce type de lande forme la transition avec les tourbières acides à sphaignes et constitue un biotope particulièrement riche en plantes protégées, que ce soit sur les tapis de sphaignes ou bien sur la tourbe mise à nu : rossolis à feuilles rondes (Drosera rotundifolia), piment royal (Myrica gale), narthécie des marais (Narthecium ossifragum), scirpe cespiteux (Scirpus caespitosus subsp. germanicus), rossolis intermédiaire (Drosera intermedia), cicendie naine (Exaculum pusillum), lycopode inondé (Lycopodiella inundata), pilulaire à globules (Pilularia globulifera), grassette du Portugal (Pinguicula lusitanica), rhynchospore blanc (Rhynchospora alba), rhynchospore brun (Rhynchospora fusca), sagine noueuse (Sagina nodosa), spiranthe d’été (Spiranthes aestivalis). |
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Piment royal
(Myrica gale L.)
(Photo : Hermann Guitton-CBNB) |
Les landes moins humides non tourbeuses sont moins riches en espèces protégées et concernent des plantes très peu fréquentes et très localisées : la canche des marais (Deschampsia setacea), l’ail des landes (Allium ericetorum), et l’une d’elles, la canche moyenne (Deschampsia media), est présumée disparue de la région. Le sérapias en cœur (Serapias cordigera), protégé en Pays de la Loire ne se trouve plus dans les landes humides de Loire-Atlantique et de Vendée, où il était signalé autrefois (l’espèce a cependant été retrouvée en Vendée, dans une prairie mésophile).
Au sud d’une ligne Vannes-Segré-Sablé-sur-Sarthe (correspondant au district phyto-géographique de Basse-Loire), une variante ligérienne de la lande humide à bruyère à quatre angles est caractérisée par la présence d’une bruyère méridionale, la bruyère à balai (Erica scoparia) et de la callune (Calluna vulgaris), auxquelles sont associées deux autres espèces protégées : la gentiane pneumonanthe (Gentiana pneumonanthe) et le jonc raide (Juncus squarrosus).
Comme les landes sèches, les landes humides sont le plus souvent issues de la déforestation de terrains fangeux, impropres à l'agriculture. Si leur entretien par fauche ou pâturage n'est plus assuré, on observe l'installation de bouleaux et de saules qui supplantent les landes.
Trait caractéristique des paysages traditionnels de l’ouest de la France, les landes se sont maintenues sur des superficies encore étendues jusqu’au début du XXème siècle. Depuis, elles ont subi une régression dramatique due notamment aux modifications croissantes des pratiques agricoles qui ont impliqué tout autant une intensification des systèmes d’exploitation, qu’un abandon des parcelles moins productives. Ainsi, alors que la moitié de la surface était encore en landes vers le milieu du XIXème siècle dans certaines communes du nord-ouest de la Loire-Atlantique, celles-ci ne subsistent plus aujourd’hui qu’à l’état relictuel sous forme de lambeaux. Cet exemple est malheureusement très représentatif de l’extrême raréfaction des landes en région Pays de la Loire.
Les landes secondaires souffrent de l'abandon des pratiques agricoles anciennes. Résultant d’une déforestation ancienne qui a débuté au Néolithique et a atteint son point culminant au Moyen-Age, leur maintien nécessite, en effet, la poursuite d'une gestion extensive par fauche ou par pâturage afin d'éviter leur embroussaillement.
Autrefois, ces milieux acides et pauvres ne se prêtaient pas à une mise en culture permanente et étaient intégrés à un système de culture temporaire avec défrichement régulier de la lande. La fauche et l'étrépage de la lande fournissaient de la litière pour le bétail. Les terrains non cultivés étaient pâturés de façon extensive, ce qui contribuait également au maintien d'une végétation de lande rase à moyenne.
Or, suite au développement de techniques agricoles nouvelles, les landes ont perdu leur importance économique. L'utilisation d'engrais permet la mise en culture de terrains anciennement occupés par des landes. Les landes humides sont quant à elles particulièrement menacées par le drainage des zones humides. |
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Lande dégradée par
une plantation de pins
(Photo : Jean Le Bail-CBNB) |
Les plantations de résineux (pins maritime et sylvestre) constituent une autre atteinte aux landes et aux milieux qui leurs sont associés. Paradoxalement, les plantations de résineux sont souvent les derniers endroits où des landes ont réussi à se maintenir, en sous-bois. Mais, dans ce cas, les landes boisées sont exposées à des dégradations par les travaux forestiers et présentent un mauvais état de conservation puisque on y constate un recul des plantes de la lande, le développement des arbustes, et souvent l’expansion spectaculaire d’une Graminée, la molinie, qui recouvre le substrat.
Sur le littoral, les landes ont été largement amputées par les aménagements et l’urbanisation, et ont disparu en maints endroits. Quelques ensembles persistent notamment dans le nord de la Loire-Atlantique et sur l’Ile d’Yeu, mais sont dégradées par un embroussaillement progressif.
D’une manière générale, on observe que les landes sèches et les landes mésophiles sont les plus fréquentes et que la lande humide devient exceptionnelle au sud de la Loire, alors que celle-ci est plus courante sous le climat plus humide de la Bretagne. Pourtant, partout en Pays de la Loire, ce sont le plus souvent des fragments de landes qui subsistent et les secteurs quelque peu étendus sont très rares.
Sur le littoral, les secteurs relictuels où l’on trouve encore de la lande sont principalement situées en Loire-Atlantique, à l’arrière des dunes de Pont-Mahé et sur les falaises de Pen Bé (Assérac), sur la pointe Saint-Gildas et sur la côte sauvage de Préfailles, ainsi qu’à la Bernerie-en-Retz, et en Vendée, sur l’Ile d’Yeu. A l’intérieur, des ensembles plus ou moins étendus se trouvent surtout dans le nord de la Loire-Atlantique (landes des coteaux du Don, landes sous plantations de pins maritimes à Guéméné-Penfao ou sur la presqu’île de Guérande), dans le nord de la Mayenne (landes de la Dorée, landes de Malingue, landes de la Corniche de Pail), en Sarthe (aérodrome de la Flèche-Thorée-les-Pins, landes entre les Guillardières et le Gué de l’Aulne, vallée des Cartes et de la Vésotière, landes du massif de la Vibraye) et en Maine-et-Loire (landes du Fuilet).
On trouve un nombre de plantes protégées assez proche dans les 4 départements de la Sarthe (19 espèces), de la Loire-Atlantique (18), de la Vendée (17) et du Maine-et-Loire (17). La Mayenne ressort comme plus pauvre avec seulement 12 plantes protégées parmi les landes. 6 espèces sont présentes dans les 5 départements : le rossolis intermédiaire (Drosera intermedia), le rossolis à feuilles rondes (Drosera rotundifolia), la cicendie naine (Exaculum pusillum), la pilulaire à globules (Pilularia globulifera), la grassette du Portugal (Pinguicula lusitanica)et le rhynchospore blanc (Rhynchospora alba).