Flore protégée des Pays de la Loire
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Les cultures, les jachères et les friches

Description :


Ce chapitre se rapporte à des groupements végétaux opportunistes, qui profitent de la place libérée au sol par des remaniements dus à une action de l’homme, dont le caractère périodique lui permet de se maintenir. Il concerne d’abord les milieux faisant ou ayant fait l’objet d’une culture plus ou moins récente, qu’il s’agisse de cultures annuelles réimplantées chaque année (blé, orge, maïs, tournesol, colza pour les plus courantes), ou suivant des rotations plus courtes (maraîchage, jardins potagers), de cultures pérennes (vignes ou vergers), de jachères soumises à un arrêt temporaire de production ou encore de friches, qui résultent d’un abandon de l’exploitation agricole. Toutefois, des végétations semblables peuvent également se rencontrer dans d’autres lieux remaniés par les activités humaines, en particulier au voisinage des lieux habités, le long des voies de communication et sur des espaces récemment délaissés : ces végétations sont qualifiées de rudérales.

Dans les cultures, aux côtés des plantes cultivées et désirées par l’homme, s’invite toute une flore spontanée, souvent désignée sous le terme de « mauvaises herbes », non désirée par le cultivateur. Ces plantes qui accompagnent les cultures peuvent, de manière moins négative, être qualifiées de « commensales culturales ».

On parle souvent aussi de plantes adventices des cultures, mais ce terme d’adventice prête à confusion car il s’applique également aux plantes étrangères introduites (or, un certain nombre de commensales culturales sont des plantes locales, autochtones).

En même temps, il est vrai que beaucoup d’espèces des moissons de céréales (messicoles) ont voyagé par l’intermédiaire d’échanges et de mélanges de semences.
 

Ancienne culture à Méon (49)
(Photo : Jean Le Bail-CBNB)

Dans les cultures annuelles, il s’agit de plantes annuelles (thérophytes), dont le cycle s’effectue en quelques mois à peine, germant soit à l’automne, soit au printemps, en fonction de la période à laquelle le sol est travaillé. Le reste du temps, ces plantes sont en période de latence, sous forme de graines conservées dans le sol. Ce stock de semences constitue ce que l’on appelle la banque de graines du sol, à partir de laquelle le cortège floristique se reconstitue d’une année sur l’autre. Certaines plantes dont les graines ont une grande longévité peuvent réapparaître, même de longues années après leur dernière floraison. Dans les cultures pérennes telles que la vigne, on rencontre également des plantes vivaces à bulbe (géophytes), qui profitent d’un certain type de travail du sol.

L’évolution des techniques de culture dans le sens d’une standardisation et d’une intensification des productions, a assez brutalement contribué à la quasi « éradication » de ces « mauvaises herbes », entre autres par le développement de l’usage d’herbicides. Or, malgré l’extrême appauvrissement de nombreuses espèces à forte valeur patrimoniale fréquentant ces milieux, très peu de commensales culturales ont été placées sur les listes de protection, notamment du fait que cette législation ne s’applique pas aux « opérations d’exploitation courante des fonds ruraux sur les parcelles habituellement cultivées ». C’est pourquoi, la plupart du temps, les plantes protégées qui parviennent dans les cultures, jachères et friches sont en fait des espèces calcicoles transgressant depuis les pelouses sèches calcaires ou sableuses (la nature du sol influe beaucoup sur la flore commensale des cultures).



 Les végétations annuelles des moissons et cultures sarclées

Les cultures céréalières (moissons) siliceuses du Massif armoricain ou des sables acides du Bassin parisien sont susceptibles d’abriter une flore formant des pelouses ouvertes caractérisées notamment par la petite oseille (Rumex acetosella), des alchémilles (Aphanes microcarpa, A. arvensis), la petite camomille (Chamomilla recucita) ou l’arabette de Thalius (Arabidopsis thaliana).

Cette végétation est depuis plusieurs dizaines d’années en voie de disparition sous l’influence des amendements et engrais qui tendent à corriger les caractéristiques acides et pauvres en éléments nutritifs du substrat. On peut y trouver quelques espèces rares mais non protégées telles que la petite brize (Briza minor), la cotonière jaunâtre (Filago lutescens), le chrysanthème des moissons (Chrysanthemum segetum) entre autres.

Il en subsiste en revanche encore dans quelques vignes, notamment plusieurs espèces de Liliacées, parmi lesquelles figurent deux plantes protégées au niveau national, la tulipe sauvage (Tulipa sylvestris subsp. sylvestris) et le muscari en grappe (Muscari botryoides).

Alors que les façons culturales autrefois employées dans les vignes étaient favorables à ces plantes, leurs populations ont été considérablement diminuées par le développement des herbicides et la modification des techniques de travail du sol. La tulipe sauvage et le muscari en grappe peuvent également se rencontrer sur terrain calcaire.

 

Vigne sarclée à Tulipe sauvage
(Tulipa sylvestris L. subsp. sylvestris)
à Beaulieu-sur-Layon (49)
(Photo : Hermann Guitton-CBNB)

Deux autres Liliacées protégées au niveau national fréquentaient certaines cultures sableuses de la Vallée de la Loire : la gagée des champs (Gagea arvensis) et la gagée des prés (Gagea pratensis). L’intensification des pratiques agricoles a conduit là aussi à une forte régression de ces plantes, au point qu’on les considère aujourd’hui comme disparues des Pays de la Loire.

Les moissons sur les sols calcaires du Massif armoricain (lentilles de calcaire primaire) ou des grands bassins sédimentaires aquitain ou parisien possèdent une flore messicole (c’est-à-dire la flore des moissons) plus riche, dont beaucoup d’éléments présentent un fort intérêt patrimonial, toutefois non protégée. Nombre de ces plantes sont également en très forte régression : adonis d’automne (Adonis annua subsp. annua), adonis flammé (Adonis flammea), caucalis à feuilles de carotte (Caucalis platycarpos), bleuet (Centaurea cyanus), bugle petit pin (Ajuga chamaepitys), nielle des blés (Agrostemma githago), miroir de Vénus (Legousia speculum-veneris), etc.

Le pied-d’alouette de Bresse (Delphinium verdunense) est une plante protégée au niveau national disparue des Pays de la Loire, mais les derniers signalements remontent en réalité au XIXème siècle dans les moissons de l’extrême sud-est de la Vendée.

Les végétations des cultures sarclées sur sols enrichis en azote, à mercuriale annuelle (Mercurialis annua) et à chénopodes (Chenopodium sp.), qui apparaissent dans les jardins potagers pas trop entretenus, n’abritent pas de plante protégée.

 

Tulipe sauvage
(Tulipa sylvestris L. subsp. sylvestris)
(Photo : Hermann Guitton-CBNB)



 Jachères, friches et végétations rudérales


Une végétation haute et dense succède aux cultures (et aux groupements végétaux associés qui viennent d’être décrits) lorsque celles-ci sont abandonnées ou mises en jachère.

Ces friches sont dominées par des plantes annuelles (ou bisannuelles) comme l’herbe aux chantres (Sisymbrium officinale) ou bien par des plantes vivaces comme l’armoise commune (Artemisia vulgaris). Outre d’anciennes cultures, elles peuvent coloniser des espaces récemment remaniés par l’homme.

Les friches sableuses et calcaires riches en grands chardons sont les plus intéressantes et peuvent présenter diverses plantes protégées que l’on retrouve dans les pelouses calcaires ou sur sable : le scolyme d’Espagne (Scolymus hispanicus), le lupin réticulé (Lupinus angustifolius subsp. reticulatus), l’ornithope comprimé (Ornithopus compressus), l’ornithope penné (Ornithopus pinnatus), la germandrée botryde (Teucrium botrys), l’euphraise de Jaubert (Odontites jaubertiana subsp. jaubertiana).
 

Friche à Scolyme d’Espagne
(Scolymus hispanicus L.)
à Assérac (44)
(Photo : Jean Le Bail-CBNB)

La gagée des champs (Gagea arvensis) et le séséli annuel (Seseli annuum subsp. annuum), présumés disparus dans la région, bien que protégés pouvaient se trouver dans ces milieux.

Sur des sols calcaires superficiels, certaines cultures abandonnées sont colonisées par une végétation beaucoup plus rase se rapprochant des pelouses calcaires. Dans le sud-est du Maine-et-Loire, haut-lieu de la flore messicole, ce contexte est favorable à la présence de 2 plantes très rares en Pays de la Loire et protégées : le xéranthème fétide (Xeranthemum cylindraceum) et le millet printanier (Millium vernale).

Ponctuellement des plantes protégées telles que la prêle de Moor (Equisetum x moorei), le sélin à feuilles de carvi (Selinum carvifolia) ou le petit pigamon (Thalictrum minus subsp. minus), peuvent apparaître dans des végétations plus ou moins rudérales liées à des situations perturbées, en particulier sur les bermes et talus routiers.

 

Scolyme d’Espagne
(Scolymus hispanicus L.)
(Photo : Hermann Guitton-CBNB)


Dégradations et menaces :


Pour des raisons agronomiques, la flore commensale culturale, considérée comme concurrente des plantes cultivées, a fait l’objet depuis très longtemps de tentatives de limitation, à défaut de destruction, par les cultivateurs. Mais, tandis que jusqu’à une époque relativement récente, les moyens utilisés consistaient pour l’essentiel en un sarclage manuel, la révolution de l’agriculture au cours de la seconde moitié du XXème siècle a vu l’avènement de techniques de lutte chimique (herbicides) très efficaces.

L’utilisation privilégiée d’herbicides sélectifs, épargnant les Monocotylédones dans les champs de céréales (qui sont des Monocotylédones), a frappé tout particulièrement les plantes dicotylédones. De plus, l’arrêt des semences paysannes, c’est-à-dire des semences produites par chaque agriculteur, en réservant une partie de sa moisson en vue de l’ensemencement de ses champs l’année suivante, au profit d’une production de graines standardisée et à caractère industriel, a mis un terme à la dissémination des semences des plantes sauvages qui étaient collectées en même temps que les plantes cultivées. Ces deux phénomènes ont rapidement conduit à l’épuisement des banques de graines de commensales culturales et à une véritable stérilisation des sols.

Par ailleurs, dans le contexte d’une fertilisation et d’un amendement systématiques des sols, ceux-ci ont vu leur niveau trophique augmenter partout, devenant défavorable aux espèces des milieux pauvres (oligotrophes). La prolifération dans les champs de céréales de certaines espèces de Graminées sauvages, non détruites par les herbicides employés contre les plantes dicotylédones, est un exemple des déséquilibres auxquels ces systèmes de production sont parvenus sur le plan de la flore.

Fréquence et répartition :


Pour les raisons citées précédemment, les végétations commensales des cultures se sont largement raréfiées et ne subsistent dans un état de conservation remarquable que ponctuellement, comme dans la région de Montreuil-Bellay, dans le sud-est du Maine-et-Loire. Le plus souvent, il s’agit de parcelles peu productives, en marge des systèmes de production actuels ou bien de bordures de champs où une certaine diversité biologique se réfugie. Les jachères et les friches liées aux activités humaines sont beaucoup plus fréquentes, mais ne recèlent que rarement des plantes protégées.

Le Maine-et-Loire et la Vendée possèdent respectivement 10 et 8 espèces protégées. Le premier possède spécifiquement la prêle de Moor (Equisetum X moorei), tandis que la Vendée est le seul département où pousse l’euphraise de Jaubert (Odontites jaubertiana) et où l’on trouvait autrefois le pied-d’alouette de Bresse (Delphinium verdunense), aujourd’hui disparu. La Sarthe et la Loire-Atlantique sont un peu moins riches (6 espèces protégées chacune) et la Mayenne révèle une grande pauvreté dans ce domaine avec une seule espèce protégée, la tulipe sauvage, qu’elle partage avec 3 autres départements (Loire-Atlantique, Maine-et-Loire et Sarthe). Aucune espèce n’est présente dans tous les départements des Pays de la Loire.


Prêle de Moor
(Equisetum x moorei Newman)
(Photo : Jean Le Bail-CBNB)

 



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dernière mise à jour 01 mars 2009