Enjeux de conservation de la biodiversité végétale en Pays de la Loire
Le maintien des équilibres hydrologiques apparaît sans aucun doute comme le tout premier enjeu de conservation de la flore protégée en Pays de la Loire. En effet, l’importance des zones humides, dont le développement exceptionnel a été souligné dans la description physique des Pays de la Loire, se retrouve dans le bilan chiffré des plantes protégées liées aux zones humides qui parvient à un total de 105 espèces. Parmi celles-ci, 35 espèces sont protégées au niveau national, soit plus de la moitié de toutes les espèces nationalement protégées présentes en Pays de la Loire. 10 d’entre elles sont d’intérêt communautaire (sur les 13 espèces inscrites à la Directive Habitats-Faune-Flore existant dans la région) : l’angélique des estuaires (Angelica heterocarpa), l’ache rampante (Apium repens), le coléanthe délicat (Coleanthus subtilis), la lindernie couchée (Lindernia procumbens), le flûteau nageant (Luronium natans), le liparis de Loesel (Liparis loeselii), la fougère d’eau à quatre feuilles (Marsilea quadrifolia), le spiranthe d’été (Spiranthes aestivalis), le sisymbre couché (Sisymbrium supinum) et la thorella (Thorella verticillatinundata). Les 70 autres plantes sont protégées au niveau régional.
Les espèces végétales protégées des zones humides présumées disparues de la région sont au nombre de 9 : l’ache rampante (Apium repens), la laîche des bourbiers (Carex limosa), la canche moyenne (Deschampsia media), la linaigrette grêle (Eriophorum gracile), l’isoète à fruits épineux (Isoetes echinospora), la lindernie couchée (Lindernia procumbens), le liparis de Loesel (Liparis loeselii), la lobélie de Dortmann (Lobelia dortmanna) et le sisymbre couché (Sisymbrium supinum).
Dans l’ordre d’importance, les espèces protégées des zones humides des Pays de la Loire proviennent des prairies humides et formations de grandes herbes (35 espèces), des tourbières et bas-marais (26 espèces), des milieux semi-aquatiques d’eau douce (20 espèces), des landes humides (17 espèces), puis des forêts humides (13 espèces), des milieux aquatiques (7 espèces), des marais littoraux et estuariens (6 espèces) et enfin des dépressions dunaires (5 espèces).
Avec des zones humides aussi grandes et diversifiées que l’estuaire de la Loire, la Grande Brière, le lac de Grand-Lieu, une partie du Marais Breton Vendéen ou les marais de l’Erdre, la Loire-Atlantique est le département le plus riche sur le plan de la flore paludicole protégée, avec 67 espèces, dont 9 lui sont propres : l’angélique des estuaires (Angelica heterocarpa), le calamagrostis lancéolé (Calamagrostis canescens), le coléanthe délicat (Coleanthus subtilis), le malaxis des tourbières (Hammarbya paludosa), la gesse des marais (Lathyrus palustris subsp. palustris), la trompette de Méduse (Narcissus bulbocodium subsp. bulbocodium), le peucédan à feuilles en lanières (Peucedanum lancifolium), la pyrole maritime (Pyrola rotundifolia subsp. maritima) et le faux-cresson de Thore (Thorella verticillatinundata).
Avec 64 espèces végétales protégées au sein de ses zones humides, le Maine-et-Loire rivalise avec la Loire-Atlantique. La présence de la Loire et de ses grandes vallées affluentes, notamment des Basses vallées angevines à la confluence de la Mayenne, de la Sarthe et du Loir qui forment la Maine, mais aussi de secteurs riches en étangs, notamment dans le nord-ouest du département expliquent la richesse du cortège des plantes des milieux humides. Le nombre d’espèces paludicoles protégées spécifiques au Maine-et-Loire est moindre qu’en Loire-Atlantique : le scirpe comprimé (Blysmus compressus), le dryoptéris atlantique (Dryopteris aemula) et la prêle de Moore (Equisetum X moorei).
Le nombre d’espèces présentes en Mayenne (40) traduit d’une moindre diversité et une moindre extension des zones humides dans ce département. La violette des marais (Viola palustris) est la seule espèce végétale protégée hygrophile propre à la Mayenne au niveau régional. Les départements de la Sarthe et de la Vendée sont dans une situation intermédiaire avec respectivement 54 et 52 espèces protégées liées aux zones humides.
La Vendée est le seul département à abriter la sagine noueuse (Sagina nodosa), l’isoète épineux (Isoetes histrix) et dans le Marais Poitevin, l’euphorbe des marais (Euphorbia palustris), l’iris bâtard (Iris spuria subsp. maritima), la salicaire à trois bractées (Lythrum tribracteatum) et l’oenanthe de Foucaud (Oenanthe foucaudii). La Sarthe possède quant à elle en propre, la grassette vulgaire (Pinguicula vulgaris) et le rhynchospore brun (Rhynchospora fusca). |
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Malaxis des tourbières
(Hammarbya paludosa (L.) Kuntze)
(Photo : Jean-Yves Brenard) |
La présence d’un littoral sur la façade ouest des Pays de la Loire est une source importante de biodiversité végétale. Sur les 210 espèces végétales protégées dans la région, 64 sont en effet présentes sur le littoral, dont plus de la moitié (34 espèces exactement) ne pénètre pas vers l’intérieur et est inféodée aux milieux côtiers. De plus, on vient de voir que ceux-ci concentrent la majeure partie des plantes endémiques ou subendémiques de la région.
Sur les 65 plantes protégées littorales, 46 sont protégées au niveau régional et 19 le sont au niveau français, ce dernier chiffre représentant un peu moins du tiers de toutes les espèces protégées à l’échelle nationale en Pays de la Loire. 4 d’entre elles sont protégées en Europe par la Directive Habitats-Faune-Flore : l’angélique des estuaires (Angelica heterocarpa), le cynoglosse des dunes (Omphalodes littoralis), l’oseille des rochers (Rumex rupestris) et le spiranthe d’été (Spiranthes aestivalis).
2 espèces sont présumées disparues : le ciste hérissé (Cistus psilosepalus) et la linaire grecque (Kickxia commutata subsp. commutata).
Les milieux dunaires ressortent comme les plus riches avec 40 espèces, alors que l’on en compte que 14 dans les rochers et pelouses du littoral et seulement 7 dans les marais littoraux et estuariens. Les autres espèces se trouvent surtout sur les berges des estuaires (3 espèces), dans des prairies subhalophiles (2 espèces) ou bien dans des landes littorales (4 espèces).
Les espèces protégées du littoral sont un peu plus nombreuses en Vendée (53 espèces) qu’en Loire-Atlantique (43 espèces), la différence provenant surtout de la flore dunaire, riche de 33 espèces protégées en Vendée où les massifs dunaires forment des ensembles très étendus, contre 24 espèces protégées en Loire-Atlantique où les milieux sableux sont nettement plus réduits.
Parmi les 34 espèces inféodées aux milieux littoraux, 30 sont présentes en Vendée et 25 en Loire-Atlantique, les deux départements possédant en commun 20 espèces. 4 espèces sont propres à la Loire-Atlantique : le chou marin (Crambe maritima), la carotte de Gadeceau (Daucus carota subsp. gadeceai), l’ angélique des estuaires (Angelica heterocarpa) et la pyrole maritime (Pyrola rotundifolia subsp. maritima). 10 ne se rencontrent que sur le littoral vendéen : l’ isoète épineux (Isoetes histrix), l’ ophioglosse du Portugal (Ophioglossum lusitanicum), la céphalanthère rouge (Cephalanthera rubra), le garou (Daphne gnidium), l’ épipactis à fleurs pendantes (Epipactis phyllanthes), l’ euphorbe péplis (Euphorbia peplis), le jonc à feuilles tranchantes (Juncus anceps), le cynoglosse des dunes (Omphalodes littoralis), le silène de Thore (Silene vulgaris subsp. thorei) et le sérapias à petites fleurs (Serapias parviflora). |
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Avec les zones humides et le littoral, les milieux secs de l’intérieur constituent le troisième élément d’un triptique qui rassemble 95 % de la flore protégée des Pays de la Loire. Les milieux secs présentent 64 plantes, dont 14 sont en commun avec le littoral. Ces milieux n’existent plus aujourd’hui qu’à l’état relictuel, même dans les bassins calcaires où la nature drainante de la roche est pourtant plus favorable à leur expression, et ils se caractérisent par une concentration géographique des enjeux de conservation encore plus forte que sur le littoral. Les milieux ouverts qui rassemblent la plus grande diversité, ont été dans un premier temps préservés de l’intensification de l’agriculture, mais se trouvent désormais en marge des systèmes de production actuel et renvoient aujourd’hui à une problématique d’abandon défavorable à la biodiversité.
Sur les 64 espèces protégées des milieux secs de l’intérieur, 53 figurent sur la liste régionale et 11 sur la liste nationale (aucune espèce d’intérêt communautaire). 6 sont présumées disparues dans la région : le pied-d’alouette de Bresse (Delphinium verdunense), la gagée des champs (Gagea arvensis), la gagée des prés (Gagea pratensis), l’hélianthème à feuilles de saule (Helianthemum salicifolium), le lycopode en massue (Lycopodium clavatum) et le séséli annuel (Seseli annuum subsp. annuum).
Les rochers et les pelouses de l’intérieur apportent la plus forte contribution à la liste des plantes protégées des milieux secs avec 40 espèces, loin devant les milieux forestiers (17), les cultures, jachères et friches (16 espèces) et les landes sèches (7 espèces).
Une très grande disparité existe à l’intérieur des Pays de la Loire entre le département du Maine-et-Loire qui possède 42 plantes protégées appartenant aux milieux secs et la Mayenne, qui n’en compte que 4. Ce dernier département est en effet particulièrement pauvre, malgré la présence localisée de pelouses sur les calcaires primaires de la vallée de l’Erve et sur certains coteaux acides (Alpes Mancelles), à la différence du Maine-et-Loire qui juxtapose un bon développement de la série des pelouses acides sur les schistes ardoisiers de la région d’Angers et de très riches pelouses et forêts sèches calcaires dans la région du Saumurois ainsi qu’au Pont-Barré à Beaulieu-sur-Layon. Le Maine-et-Loire présente d’ailleurs une forte originalité avec 9 espèces protégées des milieux secs de l’intérieur, ne se trouvant dans aucun autre département de la région : la phalangère à fleurs de lis (Anthericum liliago), l’épipactis rouge sombre (Epipactis atrorubens), l’épipactis à petites feuilles (Epipactis microphylla), la prêle de Moor (Equisetum x moorei), l’hélianthème des Appenins (Helianthemum appeninum), le limodore à feuilles avortées (Limodorum abortivum), la pulsatille rouge (Pulsatilla rubra subsp. rubra), le plumet (Stipa pennata) et la téesdalie corne de cerf (Teesdalia coronopifolia).
La Vendée, tout en étant un peu moins riche que le Maine-et-Loire, possède une collection de 33 plantes protégées des milieux secs de l’intérieur, dont 5 lui sont propres : la capillaire de Montpellier (Adiantum capillus-veneris), la vipérine des Pyrénnées (Echium asperrimum), l’euphraise de jaubert (Odontites jaubertiana subsp. chrysantha et subsp. jaubertiana), le séséli libanotis (Seseli libanotis) et la salsepareille (Smilax aspera).
Comme pour l’Anjou, ce département présente la particularité d’être à cheval sur le Massif armoricain et sur un grand bassin sédimentaire calcaire (Bassin aquitain, en l’occurrence).
Majoritairement sédimentaire, mais avec également une frange armoricaine, la Sarthe est toutefois plus pauvre : 23 espèces protégées appartenant aux milieux secs. La gentiane croisette (Gentiana cruciata), la gentianelle amère (Gentianella amarella) et l’hélianthème faux-alysson (Halimium alyssoides) ne poussent dans aucun autre département de la région.
Entièrement armoricaine et malgré la présence de lentilles calcaires, la Loire-Atlantique figure également un cran en-dessous du Maine-et-Loire et de la Vendée, avec 21 espèces protégées (dont aucune plante spécifique à ce département), en raison notamment d’un très faible développement des forêts calcicoles. |
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Les plantes qui sont évoquées ici correspondent à des espèces ayant en commun de présenter une aire de répartition géographique restreinte, à la différence de plantes largement répandues à la surface du globe ou d’un continent. Il s’agit essentiellement d’espèces appartenant au cortège atlantique, mais peuvent aussi provenir du cortège méditerranéen. On peut distinguer 3 catégories de plantes à aire restreinte : les plantes endémiques, les plantes subendémiques et les plantes a aire disjointe. Dans les premiers cas au moins, la disparition de ces espèces en Pays de la Loire hypothéquerait une partie non négligeable de leurs chances de survie à l’échelle planétaire.
Les plantes endémiques de France
Il n’existe pas de plante strictement endémique de la région, autrement dit de plante dont l’aire de répartition serait rigoureusement incluse à l’intérieur des limites administratives des Pays de la Loire. Cependant, un certain nombre de plantes présentes dans la région possèdent une aire de répartition mondiale qui déborde peu de des limites administratives ligériennes. Il s’agit de plantes endémiques de France, vis à vis desquelles les Pays de la Loire héritent d’une très forte responsabilité patrimoniale.
Parmi la liste des plantes protégées présentes en Pays de la Loire, on compte 10 espèces végétales endémiques de France, dont la plupart sont des littorales. 6 espèces sont protégées au niveau national dont 2 sont d’intérêt communautaire (l’angélique des estuaires (Angelica heterocarpa) et le le cynoglosse des dunes (Omphalodes littoralis)) et 4 le sont au niveau régional.
La plus forte responsabilité concerne trois plantes endémiques du Massif armoricain : le plantain caréné (Plantago holosteum var. littoralis) qui se trouve dans les rochers et pelouses du littoral, ou du Bassin aquitain : l’oenanthe de Foucaud (Oenanthe foucaudii), qui est une espèce des mégaphorbiaies sur vases légèrement salées. Ensuite, il s’agit de plantes présentes plus largement sur la façade atlantique française qui pousse parmi :
Les trois dernières endémiques présentes en Pays de la Loire, la gagée de Bohème (Gagea bohemica subsp. gallica), la pulsatille rouge (Pulsatilla rubra subsp. rubra) et l’euphraise de Jaubert (Odontites jaubertiana) sont de espèces des rochers et pelouses de l’intérieur et elles s’étendent à un plus grand nombre de régions françaises, non littorales.
Compte tenu de leur caractère surtout littoral, ces espèces endémiques, à très forte responsabilité patrimoniale pour la région des Pays de la Loire, sont surtout localisées dans les départements de Loire-Atlantique et de Vendée (6 espèces à chaque fois). 2 espèces des rochers et pelouses de l’intérieur sont présentes en Maine-et-Loire. La Mayenne et la Sarthe ne possèdent quant à elles aucune plante endémique inscrite sur les listes de protection réglementaires.

Euphraise de Jaubert (Odontites jaubertiana (Boreau) D.Dietr. ex Walp. subsp. jaubertiana) (Photo : Guillaume Thomassin-CBNB) (IMG_2481)
Les plantes subendémiques françaises se retrouvent dans un ou deux pays limitrophes de la France, avec lesquels elle partage la responsabilité de leur conservation. On dénombre en Pays de la Loire 21 plantes protégées appartenant à cette catégorie patrimoniale qui, comme pour les espèces endémiques, se concentrent en Loire-Atlantique (16 espèces) et en Vendée (13 espèces), car il s’agit de nouveau de plantes à caractère littoral marqué (alors que la Sarthe et le Maine-et-Loire n’en possèdent que 3, et la Mayenne aucune). 14 sont protégées au niveau régional, 7 au niveau national dont 1 est également d’intérêt communautaire : le faux-cresson de Thore (Thorella verticillatinundata).
Les sables et dunes du littoral constituent le milieu le plus riche en subendémiques protégées avec 7 espèces : le ciste hérissé (Cistus psilosepalus), qui est aujourd’hui disparu, le ciste à feuilles de sauge (Cistus salvifolius), l’œillet de France (Dianthus gallicus), la linaire des sables (Linaria arenaria), le crépis de Suffren (Crepis suffreniana subsp. suffreniana), le silène de Porto (Silene portensis) et le silène de Thore (Silene vulgaris subsp. thorei). Les rochers et pelouses du littoral abritent l’oseille des rochers (Rumex rupestris) et la serratule de Galice (Serratula tinctoria subsp. seoanei), cette dernière pouvant également se trouver plus à l’intérieur. Quant aux marais littoraux et estuariens, on y trouve la salicorne naine (Salicornia pusilla) et l’armoise maritime (Artemisia maritima subsp. maritima).
Les landes accueillent également d’assez nombreuses espèces subendémiques protégées : l’ail des landes (Allium ericetorum), le bâton blanc d’Arrondeau (Asphodelus arrondeaui), la bruyère de Saint-Daboec (Daboecia cantabrica), la bruyère vagabonde (Erica vagans), et l’hélianthème alyssoides (Halimium alyssoides).
En outre, on trouve dans les milieux semi-aquatiques d’eau douce, la canche faux agrostis (Antinoria agrostidea), la renoncule à fleurs en boules (Ranunculus nodiflorus), le faux cresson de Thore (Thorella verticillatinundata), dans les milieux forestiers, le peucédan de France (Peucedanum gallicum) et dans les prairies naturelles et les formations de grandes herbes, le peucédan à feuilles en lanières (Peucedanum lancifolium).

Jeune Bâton blanc d’Arrondeau (Asphodelus arrondeaui Ll.) (Photo : Hermann Guitton-CBNB) (N006097)
La région Pays de la Loire possède également une forte responsabilité patrimoniale envers des plantes qui se trouvent dans notre région en situation disjointe par rapport à leur aire principale qui peut être située à plusieurs centaines de kilomètres. Si l’aire principale peut être parfois étendue, l’aire disjointe est d’extension restreinte.
Parmi la flore protégée en Pays de la Loire, on identifie dans cette catégorie la cardamine à petites fleurs (Cardamine parviflora), le céraiste douteux (Cerastium dubium) et le scirpe triquètre (Scirpus triqueter) qui poussent dans les prairies naturelles et formations de grandes herbes, le plumet (Stipa pennata) et le trichomanès remarquable (Trichomanes speciosum) qui appartiennent aux rochers et pelouses de l’intérieur, la salicaire à trois bractées (Lythrum tribacteatum) et le péplis dressé (Lythrum borysthenicum) des milieux semi-aquatiques d’eau douce et du dryoptéris atlantique (Dryopteris aemula), que l’on trouve en milieu forestier. Sur ces 8 espèces, 5 sont présentes en Maine-et-Loire, 4 en Loire-Atlantique et 3 en Vendée (aucune en Sarthe et en Mayenne).
Certaines espèces protégées déjà citées dans la catégorie des subendémiques, se trouvent également en aire disjointe, en particulier un lot d’espèces communes aux péninsules armoricaine et ibérique et caractérisées par un hiatus géographique entre les deux comme le faux-cresson de Thore (Thorella verticillatinundata), l’ail des landes (Allium ericetorum), le bâton blanc d’Arrondeau (Asphodelus arrondeaui), l’hélianthème alyssoides (Halimium alyssoides), le peucédan à feuilles en lanières (Peucedanum lancifolium) ou le peucédan de France (Peucedanum gallicum).

Péplis dressé (Lythrum borysthenicum (Schrank) Litv.) (Photo : Jean Le Bail-CBNB) (N003835)
Parmi les 210 plantes protégées ayant été signalées en région Pays de la Loire, 18 sont aujourd'hui considérées comme disparues à l'échelle régionale. 15 de ces plantes sont inscrites sur la liste de protection nationale de 1982 (dont 2 sont d'intérêt communautaire : l'ache rampante (Apium repens) et la lindernie couchée (Lindernia procumbens)), et seulement 3 figurent sur la liste de protection régionale qui date de 1993 : la canche moyenne (Deschampsia media), le lycopode en massue (Lycopodium clavatum) et le séséli annuel (Seseli annuum subsp. annuum) .
Cette disparité est logique car lorsque la liste régionale a été établie, le choix avait été fait par Pierre Dupont de n’y inscrire aucune plante présumée disparue en Pays de la Loire. En effet, puisque le nombre d’espèces à placer sur cette liste avait été fixé arbitrairement à 150 taxons, le parti avait été pris de ne pas pénaliser l’inscription d’espèces moins rares, mais encore présentes dans la région. Une exception a toutefois été faite pour le sérapias en cœur (Serapias cordigera), qui a été conservé par mesure de précaution sur la liste régionale en raison de la forte probabilité qu’il soit redécouvert. De fait, l’espèce a été retrouvée depuis en Vendée. Les espèces protégées au niveau régional aujourd’hui présumées disparues découlent donc d’un constat de disparition récent. Ce n’est pas nécessairement le cas des espèces protégées au niveau national qui, au moment de leur classement, pouvaient déjà être considérées comme disparues en Pays de la Loire, mais encore présentes ailleurs en France.
Une certaine précaution doit toujours être employée à propos de l’annonce d’une disparition dans la mesure où il faut bien distinguer celle-ci d’un déficit de connaissance ou de difficultés de reconnaissance qui pourraient conduire à méconnaître certaines stations encore existantes. Par ailleurs, certaines plantes annuelles « à éclipses » possèdent la particularité de pouvoir rester plusieurs années à l’état de graines dans le sol, dans l’attente de conditions de germination favorables et peuvent ainsi réapparaître inopinément. Enfin, d’autres espèces ont été présentes de manière fugace en région Pays de la Loire. C’est le cas du ciste velu (Cistus psilosepalus), qui a été signalé durant quelques années vers 1950, en un point des dunes d’Olonne, en Vendée, et de la linaire grecque (Kickxia commutata subsp. commutata), qui n’a été observée qu’une seule fois, au Croisic, en 1914. Ces deux espèces aujourd’hui protégées au niveau national, étaient déjà disparues de la région au moment de leur classement en 1982.
Ces précautions par rapport au caractère présumé des disparitions ne doivent néanmoins en aucun cas masquer la réalité d’un appauvrissement de la flore, en raison d’atteintes multiples aux biotopes et d’une disparition des milieux.
Les milieux semi-aquatiques d’eau douce (non tourbeuses) payent le plus lourd tribut, avec 6 espèces présumées disparues, toutes protégées au niveau national : l’ache rampante (Apium repens), l’isoète à spores épineuses (Isoetes echinospora), la lobélie de Dortmann (Lobelia dortmanna), l’ophioglosse des Açores (Ophioglossum azoricum), le sisymbre couché (Sisymbrium supinum) et la lindernie couchée (Lindernia procumbens).
La disparition de 3 plantes protégées au niveau national inféodées aux tourbières et bas-marais (la laîche des tourbières (Carex limosa), la linaigrette grêle (Eriophorum gracile), le liparis de Loesel (Liparis loeselii)), de 2 plantes protégées au niveau régional caractéristiques des landes (la canche moyenne (Deschampsia media) et le lycopode en massue (Lycopodium clavatum)) et de 2 plantes protégées au niveau régional des rochers et pelouses de l’intérieur (la bugrane naine (Ononis pusilla), le séléli annuel (Seseli annuum subsp. annuum)) illustrent la forte régression de ces milieux dont les spécificités écologiques sélectionnent une flore qui ne trouve généralement pas de refuge dans d’autres milieux.
La disparition de 4 espèces présentes dans les cultures, les jachères et les friches, dont protégées au niveau national (la gagée des champs (Gagea arvensis), la gagée des prés (Gagea pratensis) et le pied-d’alouette de Bresse (Delphinium verdunense)), et d’une protégée au niveau régional caractéristique des pelouses (le séséli annuel (Seseli annuum subsp. annuum)), témoigne également de l’appauvrissement floristique constaté suite à l’évolution des pratiques culturales et plus généralement agricoles.
Malgré les fortes atteintes qu’ils ont subi avec l’avènement de « l’ère touristique », les milieux littoraux sont moins concernés, et seules 2 espèces protégées au niveau national (le ciste velu (Cistus psilosepalus) et la linaire grecque (Kickxia commutata subsp. commutata)) sont présumées disparues des sables et dunes du littoral, dans les conditions évoquées plus haut. On peut noter toutefois, la disparition de l’orchis parfumé (Orchis coriophora subsp. fragrans), dont une autre sous-espèce se maintient ailleurs dans la région : l’orchis punaise (Orchis coriophora subsp. coriophora).

Orchis parfumé (Orchis coriophora L. subsp. fragans (Pollini) Sudre) (Photo : René Le Goff) (N006053)
A partir de la cotation de vulnérabilité (voir notice des fiches) qui est évaluée espèce par espèce à l’échelle départementale, il est possible de cerner la vulnérabilité de la flore protégée à l’échelle régionale.
134 des 191 plantes protégées actuellement présentes dans la région apparaissent en danger (E) dans au moins un des 5 départements des Pays de la Loire. 60 d’entre elles sont présentes dans au moins un autre département avec un statut de vulnérabilité plus favorable, vulnérable (V) ou rare (R). Les 74 autres sont en revanche en danger dans tous les départements où elles se trouvent : 1 espèce est en danger dans les 5 départements, 1 l’est dans 4 départements, 5 dans 3 départements, 25 dans 2 départements et enfin 42 ne se trouvent que dans un seul département où elles sont en danger. Près de 40 % de la flore protégée des Pays de la Loire doit par conséquent être considérés comme étant dans une situation très précaire à l’échelle régionale et menacés à plus ou moins court terme de disparition.
Dans cette catégorie figure de nombreuses espèces à aire de répartition restreinte pour lesquelles la région possède une forte responsabilité patrimoniale. Le risque le plus grand concerne l’oenanthe de Foucaud (Oenanthe foucaudii), la carotte de Gadeceau (Daucus carota subsp. gadecaei) et le statice à feuilles ovales (Limonium ovalifolium subsp. gallicum) qui sont des endémiques du Bassin aquitain ou du Massif armoricain, mais aussi la gagée de Bohème (Gagea bohemica subsp. gallica) et l’euphraise de Jaubert (Odontites jaubertiana) qui sont des endémiques françaises. Sont concernées aussi des espèces subendémiques de France : l’ail des landes (Allium ericetorum), le bâton blanc d’Arrondeau (Asphodelus arrondeaui), la canche faux agrostis (Antinoria agrostidea) et la renoncule à fleurs en boules (Ranunculus nodiflorus). Enfin, plusieurs espèces en aire disjointe sont aussi en danger : le plumet (Stipa pennata), le trichomanès remarquable (Trichomanes speciosum), la salicaire à trois bractées (Lythrum tribacteatum), le péplis dressé (Lythrum borysthenicum) et le dryoptéris atlantique (Dryopteris aemula).
74 espèces protégées sont au moins vulnérables (V) dans un département, dont 26 sont présentes dans au moins un autre département avec un statut de vulnérabilité plus favorable correspondant à rare (R).
Enfin, 39 espèces sont au moins rares (R) dans un département. Quelques espèces protégées au niveau régional comme l'isopyre faux pigamon (Isopyrum thalictroides), la cardamine à petites fleurs (Cardamine parviflora) et le céraiste douteux (Cerastium dubium) ou au niveau national comme l'herbe de Saint-Roch (Pulicaria vulgaris), ressortent comme moins menacées en Pays de la Loire que les autres espèces. En Sarthe, c'est aussi le cas de la cardamine amère (Cardamine amara) et du sélin à feuilles de carvi (Selinum carvifolia).

Gagée de Bohème (Gagea bohemica (Zauschn.) Schult. & Schult.f.) (Photo : Guillaume Thompassin-CBNB) (P1010017)