Flore protégée des Pays de la Loire
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L'hydrographie



L’empreinte de la Loire

L’hydrographie des Pays de la Loire est essentiellement structurée par la Loire, plus grand fleuve français. Les secteurs littoraux sont irrigués de manière indépendante par des fleuves côtiers plus ou moins courts (la Vie, le Jaunay, le Lay, la Sèvre niortaise en Vendée) et c’est également le cas, d’un tout petit territoire du nord-ouest de la Mayenne (secteur de Landivy) qui est drainé par le bassin de la Sélune qui est un petit fleuve côtier débouchant sur la Manche, dans la baie du Mont-Saint-Michel.

A l’intérieur, seuls le nord de la Loire-Atlantique et quelques secteurs très limités de l’ouest de la Mayenne (Juvigné, Cuillé, Sennones) sont extérieurs au bassin versant de la Loire et rattachés au bassin de la Vilaine.Aux confins des Pays de la Loire et de la région Centre, la Loire reçoit les eaux de la Vienne grossies de celles de la Creuse. A Bouchemaine, au sud d’Angers, trois autres rivières importantes, la Mayenne, la Sarthe et le Loir, se réunissent pour former la Maine avant de rejoindre le grand fleuve. En aval de cette importante confluence, les affluents sont de moindre grandeur : Layon, Hâvre, Erdre, Sèvre nantaise.

Alors que les hautes eaux ont lieu pendant la saison froide et s’étendent à l’ensemble du lit majeur lors des épisodes de crues, la saison chaude est caractérisée par des basses eaux qui découvrent d’importants faciès sableux colonisés par une flore annuelle très originale qui comprend plusieurs plantes protégées : la prêle de Moore (Equisetum X moorei), la potentille couchée (Potentilla supina) ou l’herbe de Saint-Roch (Pulicaria vulgaris). Les rives de la Loire sont le domaine de saulaies arbustives ou arborescentes et de frênaies-ormaies dont la tonalité est subméditerranéenne en raison de la présence du frêne oxyphylle (Fraxinus angustifolia subsp. oxycarpa), d’origine méditerranéenne. Au-delà du bourrelet de rive qui se forme par dépôt d’alluvions grossières à la limite du lit mineur et du lit majeur, par suite du ralentissement du courant, la forêt alluviale à frêne oxyphylle se poursuit, souvent sous la forme d'un remarquable réseau bocager à frêne tétard.

Une végétation diversifiée de prairies humides à des degrés divers se développe en fonction de la durée d’inondation à laquelle elle est soumise, dont plusieurs plantes protégées sont caractéristiques en Loire : la gratiole officinale (Gratiola officinalis), l’inule d’Angleterre (Inula britannica), la cardamine à petites fleurs (Cardamine parviflora), le céraiste douteux (Cerastium dubium) ou la stellaire des marais (Stellaria palustris). Latéralement des bras de Loire réempruntés par le fleuve lors des hautes eaux forment ce que l’on appellent des « boires », où l’on peut encore observer une petite fougère protégée, la marsilée à quatre feuilles (Marsilea quadrifolia). Cependant, l’abaissement généralisé de la ligne d’eau de la Loire et l’endiguement du fleuve ont eu pour conséquence de déconnecter ces annexes sur le plan hydraulique et d’accélérer leur colmatage.
 

Marsilée à quatre feuilles
(
Marsilea quadrifolia L.)
(Photo : Loïc Ruellan-CBNB)



La flore de la vallée de la Loire présente une unité forte à l’échelle de la région  liée à l’apport constant d’alluvions par l’amont. En effet, qu’elle soit sur l’assise calcaire du Bassin parisien ou sur le socle du Massif armoricain, la nature minérale des alluvions du fleuve reste relativement indépendante du substrat sous-jacent et présente un taux généralement riche en bases. Ce contexte basique influence fortement la flore et les groupements végétaux et détermine, à la traversée du Massif armoricain, des paysages alluviaux ligériens équivalents à ceux que l’on rencontre à l’amont, mais qui n’ont en revanche rien de commun avec ceux des petites vallées armoricaines. Cette singularité floristique de la Loire s’étend à la confluence d’un certain nombre d’affluents de la Loire comme la Vienne, la Maine (et ses trois rivières confluentes de la Mayenne, la Sarthe et le Loir), le Layon ou le Hâvre mais aussi aux marais de Grée, de Goulaine, de Grande Brière ou au lac de Grand-Lieu, relié au fleuve par l’Acheneau.

Aux environs de Nantes, en Loire-Atlantique, débute la Loire estuarienne soumise à l’influence des marées et à un régime de sédimentation majoritairement vaseux, marqué par la présence de sel. Près de Couëron, l’estuaire s’élargit à d’importantes dépendances latérales en relation hydraulique avec la Grande Brière et le lac de Grand-Lieu, et qui sont caractérisées par la présence d’une végétation humide subhalophile. Jusqu’à Cordemais, la dessalure des eaux autorise le développement, dans la zone de balancement des marées, au sein de groupements de grandes herbes (mégaphorbiaies), de l’angélique des estuaires (Angelica heterocarpa) qui est une plante endémique des grands estuaires de la façade atlantique française et protégée à ce titre. Plus bas sur la berge, on rencontre le scirpe triquètre (Scirpus triqueter) qui une autre plante protégée cantonnée dans la région à l’estuaire de la Loire. Plus vers l’aval, la présence du sel se renforce et détermine une végétation plus franchement halophile se rapportant aux marais littoraux.

Profondément modifié sur le plan de sa géométrie suite à des travaux de grande ampleur (endiguements, dragages …) réalisés depuis le XIXème siècle dans le but de faciliter la navigation, l’estuaire a subi une simplification à l’extrême du réseau très complexe d’annexes hydrauliques qui constituait autrefois un véritable chevelu et qui se trouve aujourd’hui réduit à un chenal principal. Cette situation a conduit depuis plusieurs dizaines d’années à de graves désordres dans le fonctionnement écologique de l’estuaire, qui se manifestent par la remontée d’une bonne dizaine de kilomètres vers l’amont de l’influence de la marée, et avec elle de ce que l’on appelle le « front de salinité » et le « bouchon vaseux » (c’est-à-dire la masse turbide du fleuve). Ce phénomène est d’ailleurs responsable de la migration dans les mêmes proportions vers l’amont de la flore halophile et subhalophile, et en particulier de l’angélique des estuaires et du scirpe triquètre.
 

Inule d’Angleterre
(Inula britannica L.)
(Photo : Hermann Guitton-CBNB)


Les zones humides

Un second trait marquant de l’hydrographie régionale réside dans l’importance des eaux de surface dans la partie armoricaine, en raison de l’imperméabilité du sous-sol hercynien. Les cours d’eau y sont nombreux et dans les zones planes et les dépressions, l’eau stagne en zones humides parfois très étendues. Ces grandes zones humides sont composées, d’eau douce dans le cas des Basses vallées angevines (en Maine-et-Loire, à la réunion de la Mayenne, de la Sarthe et du Loir), des Marais de l’Erdre, de Goulaine ou du lac de Grand-Lieu (Loire-Atlantique), qui constitue la plus vaste étendue d’eau douce de tout le Massif armoricain, ou bien d’eau saumâtre comme en Grande-Brière (Loire-Atlantique) ou dans le Marais Breton (35 000 ha en Loire-Atlantique et Vendée).

Entre l’estuaire de la Vilaine et celui de la Sèvre niortaise, les Pays de la Loire possèdent une part importante des marais de l’ouest qui s’égrènent sur la façade atlantique du Morbihan à la Gironde. Fort de ses 80 000 ha sur les 3 départements de la Vendée, des Deux-Sèvres et de Charente-Maritime, le Marais Poitevin est la zone humide la plus vaste de tout l’ouest de la France. Ces différents marais arrière-littoraux se sont formés il y a 4000 à 2500 ans, au cours de la dernière régression marine, par création d’un nouveau cordon de dunes à l’avant de l’ancien front de mer. Ce cordon a constitué de vastes dépressions marécageuses qui se sont progressivement remblayées par des alluvions et des sédiments récents apportés par les cours d’eau.

Une partie des marais arrière-littoraux est également le fruit d’une conquête plus récente de l’homme sur la mer par construction de digues (poldérisation) qui ont eu le même effet, en protégeant des zones basses de l’inondation par l’eau de mer. Ces marais peuvent enfin dériver de systèmes de marais salants, créés par l’homme pour la production de sel, mais qui, abandonnés, se trouvent coupés de leur alimentation marine et se sont adoucis.

Ces zones humides arrière-littorales sont soumises à une salinité provenant soit d’une inondation périodique par l’eau salée lors des grandes marées, soit directement des sols, salés en raison de leur origine marine, et qui peut se trouver plus ou moins diluée par les apports latéraux ou météoriques d’eau douce.

Elles sont le domaine d’une flore subhalophile remarquable, parmi laquelle figurent plusieurs plantes protégées caractéristiques telles que la renoncule à feuilles d’ophioglosse (Ranunculus ophioglossifolius), le trèfle de Michéli (Trifolium michelianum), l’iris bâtard (Iris spuria subsp. maritima) ou la salicaire à trois bractées (Lythrum tribacteatum).
 

Trèfle de Michéli
(Trifolium michelianum Savi)
(Photo : Jean Le Bail-CBNB)

En relation plus directe avec la mer, des marais littoraux se répartissent le long des côtes basses, vaseuses des Pays de la Loire, au niveau des estuaires de la Vilaine et de la Loire (Loire-Atlantique), en bordure de la baie de Bourgneuf (Loire-Atlantique, Vendée).  Ainsi que dans la baie de l’Aiguillon (au sud de la Vendée). Ces marais se retrouvent également associés aux lagunes des marais salants de Mesquer, de Saint-Molf, du Croisic, de Bourgneuf-en-Retz ou de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, constituant des ensembles d’une grande originalité et à forte valeur biologique.

L’engorgement prolongé voire permanent dans certaines zones particulièrement humides est à l’origine d’une accumulation de tourbe. Un inventaire des tourbières françaises en 1949, par la Direction des Mines, sous l’égide du Ministère du Commerce et de l’Industrie, présentait la région nantaise comme la plus riche de France en tourbe, avec près de 6700 hectares tous répartis en Loire-Atlantique, sur les marais de l’Erdre, les abords du lac de Grand-Lieu, le bassin du Brivet, les marais de Prinquiau, de Donges et de Trignac et la Grande Brière.

En dehors de la Loire-Atlantique, on note la présence de tourbe dans certaines parties de la partie dite « mouillée » du Marais Poitevin. Ailleurs dans la région des Pays de la Loire, les zones tourbeuses ont un caractère beaucoup plus ponctuel et sont liées à des conditions favorables à la formation de tourbe très localisées. L’intérêt floristique des milieux tourbeux est exceptionnel car ils abritent une collection unique de plantes turficoles, dont certaines telles que la canneberge (Vaccinium oxycoccos), la linaigrette vaginée (Eriophorum vaginatum), la laîche des tourbières (Carex limosa) ou le scirpe cespiteux (Scirpus caespitosus subsp. germanicus) (toutes protégées) leur sont strictement inféodées.
 

Scirpe cespiteux
(Scirpus caespitosus L.
subsp. germanicus (Palla) Brodd.)
(Photo : Hermann Guitton-CBNB)

Dans l’ensemble, les plans d’eau sont assez peu nombreux en Pays de la Loire, mais certaines petites régions présentent néanmoins des réseaux d’étangs à fort intérêt biologique. C’est le cas notamment dans le département du Maine-et-Loire, qui se révèle l’un des plus riches de la région sur ce plan, avec les étangs du Fourneau, des Rochettes, Neuf, de la Fonte, de Maubusson dans le Segréen (nord-ouest du département), les étangs des Loges, de la Noue, de la Rondière, des Hayes (ouest) ou avec les étangs des Noues, de Peronne et lac du Verdon dans le sud des Mauges. Certains étangs de la Mayenne (étangs de Chambresson, de Juvigné au nord-ouest, et les étangs de la Forge, de Beaucoudray, de Neuvillette, de la Grande Métaierie, du Gué de Selle, à l’est de la ville de Mayenne) sont également à mentionner pour leur relative densité, de même que les étangs du nord-est de la Loire-Atlantique (étangs de Vioreau, de la Provostière, de Chahin, de la Blissière, du Pin, de Beaumont, de Clégreuc) et de l’ouest de la Sarthe (étangs de la Panne, du Fief, Salé). L’intérêt floristique de ces différents plans d’eau dépend pour l’essentiel du développement d’une zonation de la végétation en ceintures parallèles aux rives, sous l’effet d’une variation topographique du niveau d’eau. La permanence d’une fluctuation saisonnière du niveau de l’eau, et en particulier, d’une période d’étiage estival est favorable à une flore amphibie, au sein de laquelle se trouvent des plantes protégées comme le coléanthe délicat (Coleanthus subtilis) ou la littorelle à une fleur (Littorella uniflora).


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dernière mise à jour 01 mars 2009