Flore protégée des Pays de la Loire
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Le climat


Comme toute la façade atlantique de la France, la région des Pays de la Loire est soumise à un climat océanique qui se caractérise par des températures douces (de 9 à 12,5 °C environ), par une faible amplitude thermique annuelle ainsi que par une égale répartition des précipitations au cours de l’année. Cependant, derrière cette esquisse grossière, il existe en réalité des nuances climatiques assez marquées dans la région sous l’effet (séparé ou combiné) :

d’une dégradation du caractère océanique au fur et à mesure qu’on s’éloigne du littoral et qu’on pénètre d’ouest en est à l’intérieur du continent (qui se traduit en particulier par une augmentation de l’amplitude thermique annuelle),
d’un gradient nord-sud qui se révèle surtout d’un point de vue de l’insolation,
d’une influence submontagnarde associée aux reliefs les plus marqués (où on observe une baisse de la température moyenne annuelle et une augmentation des précipitations).


Parmi les espèces végétales qui sont citées dans la suite de ce texte, les plantes protégées sont soulignées.


Dégradation du caractère océanique

La proximité de l’Atlantique crée des conditions climatiques très locales le long des côtes de Loire-Atlantique et de Vendée qui se répercutent d’abord sur les températures et l’ensoleillement et dans une moindre mesure, sur les précipitations. La forte inertie thermique de l’océan tempère les températures extrêmes en réduisant le nombre de jours de gel autant que le nombre de jours de fortes chaleurs. Elle entraîne ainsi une faible amplitude thermique annuelle (13 °C environ). L’océan adoucit également les températures moyennes annuelles qui sont aux environs de 12 °C sur l’ensemble du littoral de la région, les valeurs maximales de la région étant atteintes à l’Ile d’Yeu (environ 12,5 °C de moyenne annuelle). L’ensoleillement est aussi privilégié sur le littoral grâce à des effets de brise qui chassent les nuages. Pour cette raison, les précipitations y sont plus faibles (600 à 700 mm environ).

Ces conditions clémentes favorisent la remontée le long de la façade atlantique de plantes plus généralement présentes sur le pourtour méditerranéen et qui s’étendent sur une partie du littoral atlantique. Parmi ces espèces qualifiées de méditerranéo-atlantiques, on peut prendre l’exemple du lis de mer (Pancratium maritimum) , du diotis maritime (Otanthus maritimus) ou de la luzerne marine (Medicago marina), qui sont trois plantes protégées de notre région.

Les conditions climatiques littorales favorables règnent sur une étroite bande côtière et s’estompent très rapidement dès qu’on s’en éloigne du rivage. Dès lors, on observe un gradient beaucoup plus progressif de dégradation du climat océanique vers l’est avec l’augmentation de la continentalité. Celle-ci se manifeste par une augmentation de l’amplitude thermique annuelle et s’observe bien sur les températures moyennes du mois de janvier qui se situent aux alentours de 6 °C sur le littoral, puis décroissent vers l’est-nord-est, parallèlement au rivage atlantique, passant à 5 °C à la hauteur de Redon (44), Nantes (44), et la Roche-sur-Yon (85), puis à 4 °C vers Fontenay-le-Comte (85), Cholet (49), Pouancé (49) et à 3 °C près de Mayenne (53) et du Mans (72). De la même façon, le nombre de jours de gelées augmente avec une douzaine de jours à l’Ile d’Yeu, une petite quarantaine à Nantes, environ 50 à Angers et près de 70 à Alençon.

En parallèle, on observe d’ouest en est différents échelons d’appauvrissement de la flore atlantique le long de ce gradient climatique de dégradation du caractère océanique du climat. Les conditions les plus atlantiques connues dans le nord-ouest de la France (qualifiées parfois d’hyper-atlantiques) règnent sur le littoral de l’ouest du département du Finistère et sont limitées par l’extension de plantes totalement absentes des Pays de la Loire : le tamaris de France (Tamarix gallica), le ciste hérissé (Cistus hirsutus) et le grémil diffus (Lithospermum diffusum).

En revanche, l’extrémité nord-ouest de la région est atteinte en Loire-Atlantique, à la limite avec le Morbihan, par l’ajonc de le Gall (Ulex galii) qui marque un second échelon d’appauvrissement de la flore atlantique, le relais étant pris vers l’est et le sud par une autre espèce d’ajonc : l’ajonc nain (Ulex minor). Ensuite, d’autres étapes sont successivement marquées par les limites de répartition du peucédan à feuilles en lanières (Peucedanum lancifolium) qui ne s’étend pas au-delà du quart nord-ouest de la Loire-Atlantique, de la sibthorpie d’Europe (Sibthorpia europaea) dont l’aire principale parvient au nord-ouest de la Loire-Atlantique et au nord-ouest de la Mayenne, de la narthécie des marais (Narthecium ossifragum) dont l’aire principale atteint l’ouest de la Sarthe et l’ouest du Maine-et-Loire et enfin de la bruyère ciliée (Erica ciliaris) qui arrive aux limites orientales du Massif armoricain.
 

Lis de mer
(Pancratium maritimum L.)
(Photo : Jean Le Bail-CBNB)

Inversement, on assiste d’est en ouest à la pénétration d’une flore d’origine continentale présente dans l’est de la Sarthe et du Maine-et-Loire. Un certain nombre, parmi lesquelles l’aconit napel (Aconitum napellus subsp. neomontanum), l’anémone pulsatille (Pulsatilla vulgaris) ou la parisette à quatre feuilles (Paris quadrifolia), demeurent localisées aux terrains calcaires du Bassin parisien. En direction de l’est, un premier échelon d’appauvrissement de cette flore orientale se situe sur les marges du Massif armoricain qui marquent la limite d’espèces telles que le stipe penné (Stipa pennata) ou le peucédan oréosélin (Peucedanum oreoselinum). Un second échelon se cale sur les limites occidentales de l’inule à feuilles de saule (Inula salicina), de l’euphorbe velue (Euphorbia villosa) et la coronille bigarée (Coronilla varia) qui pénètrent en Maine-et-Loire et Sarthe, mais diffusent aussi jusqu’en Loire-Atlantique, Mayenne et Vendée. Enfin, en parvenant dans l’ouest de la région des Pays de la Loire, tout en manquant généralement en région littorale (de la même façon qu’il ne pénètre pas en Bretagne péninsulaire), le charme (Carpinus betulus) marque un troisième et dernier échelon d’appauvrissement vers l’est de la flore d’origine continentale.

Le gradient nord-sud

Si la distance à l’océan semble le fait le plus structurant du climat régional, un gradient climatique régional globalement nord-sud existe également, qui repose sur le facteur d’insolation. Les conditions les plus favorables en terme d’ensoleillement se rencontrent, en effet, dans le sud de la Vendée, dont le littoral bénéficie de plus de 2100 heures de soleil par an. A l’opposé, le nord de la Mayenne et de la Sarthe ne reçoivent guère que 1700 heures d’ensoleillement annuel. Toutefois, l’ensoleillement vendéen est pour partie dû à un effet littoral, puisque la durée d’insolation baisse à 1850 heures annuelles à l’intérieur du département.

La situation très favorable du sud de la Vendée semble provenir de sa position géographique particulière en été à l’écart à la fois, du parcours des perturbations océaniques circulant souvent sur la Manche et la Bretagne, et des grands systèmes orageux qui se développent sur le sud du golfe de Gascogne et les Landes (où l’ensoleillement est plus faible qu’en Vendée et en Charente-Maritime).

Au niveau de la flore, la ligne Vannes-Segré-Sablé-sur-Sarthe, qui figure l’extension maximale de la vigne vers le nord, constitue une frontière climatique importante. Elle correspond à la limite de répartition de nombreuses plantes plus méridionales, parmi lesquelles l’asphodèle blanc (Asphodelus albus subsp. albus), le chêne pubescent (Quercus pubescens), le chêne vert (Quercus ilex), le chêne tauzin (Quercus pyrenaica), la bruyère vagabonde (Erica vagans) et la bruyère à balai (Erica scoparia). Au sud de cette limite, il faut noter l’absence ou l’extrême rareté des plantes à affinités boréales comme le coléanthe subtile (Coleanthus subtilis), la laîche filiforme (Carex lasiocarpa) ou la myrtille (Vaccinium myrtillus).

Le littoral est une zone privilégiée pour l’observation de l’échelonnement nord-sud des espèces à caractère méridional. Il existe en effet une véritable « voie littorale » constituant un courant de pénétration et de migration de la flore à partir de l’important foyer floristique centré sur le Bassin aquitain et qui parvient jusque dans le sud de la région. Globalement, le littoral des Pays de la Loire s’inscrit dans une partie des côtes du nord-ouest de la France qui est placée sous une forte influence méridionale, en comparaison des côtes situées plus au nord, en particulier à partir du Finistère, où de nombreuses espèces disparaissent ou se raréfient.

L'influence méridionale est la plus forte jusqu'au sud de Noirmoutier qui constitue un premier jalon d'appauvrissement avec le silène de Thore (Silene vulgaris subsp. thorei), le trèfle rouge (Trifolium rubens), le chêne vert (Quercus ilex), le chêne pubescent (Quercus pubescens) ou le garou (Daphne gnidium) qui arrivent en limite septentrionale de répartition.

Entre Noirmoutier et l’embouchure de la Loire, d’autres plantes atteignent leur limite nord-occidentale telles que l’angélique des estuaires (Angelica heterocarpa) ou l’alysson des champs (Alyssum minus). Enfin, l’estuaire de la Vilaine marque un dernier jalon dans l’appauvrissement de la flore méridionale littorale en Pays de la Loire, qui n’est, par exemple, pas dépassé par la croix de Malte (Tribulus terrestris), l’althénie filiforme (Althenia filiformis) ou le faux cresson de Thore (Thorella verticillatinundata) et à partir duquel de nombreuses autres espèces se raréfient : le silene de Porto (Silene portensis), la vesce fausse gesse (Vicia lathyroides), l’inule faux-crithmum (Inula crithmoides), l’armoise de Lloyd (Artemisia campestris subsp. maritima), l’arroche des sables (Atriplex laciniata), l’arroche littorale (Atriplex littoralis ), etc. Au nord des limites des Pays de la Loire, le phénomène d’appauvrissement se poursuit graduellement en Bretagne et en Basse-Normandie jusque sur les côtes de la Manche. 
 

Coléanthe subtile
(Coleanthus subtilis (Tratt.) Seidl)
(Photo : Jean Le Bail)

L’influence submontagnarde

Du fait de sa position plus méridionale et plus continentale (en comparaison de la situation péninsulaire de la Bretagne et, dans une moindre mesure, de la Basse-Normandie), la partie armoricaine de la région des Pays de la Loire apparaît globalement moins arrosée et plus douce que le reste du Massif armoricain. Font exception les reliefs des collines de Normandie et des collines vendéennes (285 m au Mont Mercure). Une influence climatique submontagnarde se manifeste en effet sur les hauteurs du Massif armoricain (Collines de Normandie) en Sarthe et en Mayenne.

La moyenne de janvier au Mont des Avaloirs (417 m) est ainsi de 1,5 °C et la moyenne annuelle s’abaisse à environ 9 °C tandis que les précipitations annuelles s’élèvent au-dessus de 800 mm.

L’effet sur les précipitations est plus marqué sur les Collines vendéennes où il tombe plus d’1 mètre d’eau par an. Sur le plan floristique, des plantes d’origine boréale montrent une affinité certaine pour les reliefs de Mayenne et de Sarthe, en relation avec ces facteurs climatiques. Il s’agit notamment de la fougère des montagnes(Oreopteris limbosperma) qui recherche des conditions ombragées et humides, et d’espèces des tourbières à sphaignes : la canneberge (Vaccinium oxycoccos), la linaigrette vaginée (Eriophorum vaginatum) et le malaxis des tourbières (Hammarbya paludosa). 
 

Canneberge
(Vaccinium oxycoccos L.)
(Photo : Hermann Guitton-CBNB)


Régions climatiques

Il existe une typologie des climats atlantiques qui fait la synthèse des conditions climatiques qui règnent à l’intérieur de la région des Pays de la Loire.

Un premier ensemble climatique correspond aux climats thermo-atlantiques à déficit hydrique qui s’étendent des Landes à la Bretagne méridionale. Ils se caractérisent par des températures moyennes estivales supérieures à 18°C, par des températures moyennes annuelles de 12 à 14 °C, ainsi que par des pluviométries réduites, dépassant rarement 900 mm, dans ce cas seulement sur les reliefs. Le régime pluviométrique est à maximum d’automne et d’hiver, avec un déficit hydrique de 100 à 200 mm qui dure d’avril à septembre. En Pays de la Loire, 3 régions climatiques se rattachent à cet ensemble :

Le climat littoral occidental qui règne sur les régions côtières d’Arcachon (Landes) jusqu’aux Sables-d’Olonne (Vendée),

Pelouses aérohalines
Le climat littoral sud-breton qui relaie le précédent vers le nord, sur les îles de Noirmoutier et d’Yeu (Vendée), puis sur les côtes du continent à partir de Pornic (Loire-Atlantique) jusqu’à la Pointe de Penmarch (Finistère), avec des températures estivales plus basses de 2°C environ,
Le climat vendéen, situé entre la Sièvre niortaise et la Loire, en arrière du littoral et jusqu’à 100 à 150 kilomètres à l’intérieur des terres, qui connaît un déficit hydrique moins important (régime pluviométrique réparti plus régulièrement au cours de l’année).

Le nord-ouest de la région est sous l’influence de climats atlantiques dits moyens, dont les températures hivernales sont moyennes, parfois même élevées alors que les températures moyennes estivales ne dépassent pas 18 °C, ce qui détermine une amplitude thermique annuelle n’excédant pas 13°C. Les pluviométries sont très variables, mais avec un régime pluviométrique plus régulier au cours de l’année qu’en climat thermo-atlantique. Dans la région des Pays de la Loire, on distingue :

Le climat de Bretagne intérieure, qui, situé en arrière du littoral armoricain, parvient dans le nord de la Loire-Atlantique,
Le climat du bocage normand proche du précédent par les pluviométries, mais dans l’ensemble avec des températures plus basses, qui concerne une partie de la Mayenne.



Prairie
Lla Chapelle des marais


Les autres territoires des Pays de la Loire relèvent de climats atlantiques de transition où l’on voit s’affronter les influences thermo-atlantiques et continentales. Ceux-ci sont marqués par une grande variabilité d’une année sur l’autre, notamment sur le plan pluviométrique, selon qu’une tendance climatique ou l’autre l’emporte provisoirement. Deux régions climatiques s’y rapportent en Pays de la Loire : 


    le climat ligérien, qui connaît des températures hivernales assez faibles et une amplitude thermique souvent supérieure à 15°C, et qui, centré sur l’Orléanais, la Sologne, la Brenne, le Chinonais, la Touraine et le Poitou, déborde en Maine-et-Loire jusque dans le Beaugeois, et remonte vers le nord dans la Sarthe (région du Mans),
     le climat du Maine, qui relaie le climat ligérien aux limites de la Bretagne et de la Normandie, notamment en Mayenne, et qui se différencie du précédent par un caractère thermophile un peu moins accusé.


     


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dernière mise à jour 01 mars 2009